Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

En lutte

1

Delcourt

24,95
par
12 septembre 2022

Fabien Toulmé a eu l'envie de faire du reportage de terrain, d'aller à la rencontre de gens aux quatre coins du monde, pour raconter leurs parcours, qui pour être individuels parlent cependant au plus grand nombre.

La révolution populaire du Liban en 2019, la Thawra décidera du thème : la lutte, et plus particulièrement la lutte menée par des femmes : Nidal au Liban qui lutte entre autres pour l'égalité hommes-femmes, Rossana au Brésil qui au sein d'un mouvement se bat contre un projet qui veut détruire son quartier et Chanceline au Bénin qui éduque les jeunes filles et jeunes garçons à l'éducation sexuelle, au consentement.

Excellentissime gros roman graphique d'une part parce que Fabien Toulmé est un formidable reporter qui sait intéresser ses lecteurs à son sujet par ce qu'il écrit et évidemment, sinon ce ne serait pas une bande dessinée, par son dessin, un peu naïf, coloré de cases monochromes, tantôt bleues, tantôt vertes ou roses ou ocres... et par ses touches d'humour -souvent de l'autodérision.

Et d'autre part, et surtout par les thèmes abordés et les femmes rencontrées. Nidal, dans un Liban en pleine déroute dans lequel il n'est pas simple d'être une femme qui lutte, qui milite et ose prendre la parole, qui reçoit des menaces mais persévère et ne lâche pas l'affaire. Elle veut l'égalité hommes-femmes et plus globalement, virer les élites corrompues, cesser le fonctionnement du pays qui offre les plus hauts postes en fonction de sa communauté...

Rossana à Joao Pessoa qui veut que son quartier -la communauté Porto do Capim- promis à la démolition vive et qui s'y démène : manifestations, recours à la justice. Elle veut en faire un sanctuaire écologique et il faut pour cela que la mairie assainisse, investisse...

Chanceline au Bénin qui tente d'inculquer aux jeunes les notions de consentement, de sexualité protégée, pour lutter contre les grossesses précoces et qui se heurte à des préjugés, des traditions...

Bref, c'est un excellent ouvrage, trois reportages passionnants, très bien racontés, denses, il faut prendre son temps, et c'est une bonne idée tant on a envie de rester en compagnie de Fabien Toulmé et de ces femmes.

Patrick S. VAST

Le Chat Moire

10,00
par
12 septembre 2022

Ce qu'il y a de bien avec les livres de Patrick S. Vast, c'est qu'on n'est jamais déçu et qu'à chaque fois, il nous plonge dans un monde différent. Cette fois-ci, c'est un polar rural qui commence doucement, pour bien installer le décor et les personnages : l'atmosphère village à l'ancienne qui n'aime pas les étrangers -surtout les policiers, des meneurs hauts en couleur, qu'on visualise sans peine, chasseurs, aimant la compagnie virile, boire des coups et dire du mal des étrangers. Un étranger, c'est quelqu'un qui n'est pas du village. Pour peu qu'il vienne d'un autre département, c'est pire, alors un Parisien ou un non Français...

La tension s'installe durablement et monte inexorablement. Les quelques fortes têtes du village bien décidées à ce que les histoires enfouies le restent à jamais sont prêtes à tout pour stopper les recherches de Jack. Prêtes à tout, donc imprévisibles. Et armées.

Patrick S. Vast en auteur de polars éclairé et malin, distille le calme, le reposant dans les paysages et le violent dans certains intervenants. Ses personnages sont évidemment des stéréotypes, des caricatures, car dans les villages reculés, il n'existe point de gens bas de plafond qui ne reculent devant rien pour cacher leurs turpitudes, leurs crimes ou ceux de leurs ascendants. Malgré tout, s'il en existait et que par coïncidence, ils étaient chasseurs -comme ceux du roman- ils disposeraient d'armes, ce qui serait loin d'être rassurant. L'étroitesse d'esprit, le repli sur soi, la peur de la rencontre et de la différence ne rendent pas tolérant.

Les polars de Patrick S. Vast se lisent, ne se ressemblent pas ce qui est une qualité, et se conseillent fortement, parce qu'il n'y a pas de risque de déception. C'est même tout le contraire, le seul risque c'est de vouloir tous les lire.

par
12 septembre 2022

A l'automne 1924, Corto Maltese arrive à Berlin et, en passant près d'un commissariat reconnaît dans une photo d'un mort inconnu, l'un de ses amis, Jeremiah Steiner. Ce dernier a été assassiné, et Corto cherche le tueur dans une Allemagne en proie à un nationalisme souterrain, à un antisémitisme montant. La jeune République de Weimar est fragile et il suffirait de peu pour qu'elle vacille et chute.

J'ai toujours eu une bizarre appréhension à ouvrir un album de Corto Maltese, le célèbre marin créé par Hugo Pratt et repris depuis son décès, notamment par les deux auteurs espagnols. Le trait -beaucoup de personnages en ombre- n'est pas mon favori, et pourtant tout cela n'est plus d'actualité au fil des pages et les aventures de Corto génèrent même une certaine fascination pour ne pas dire une fascination certaine. Très ancrées dans des contextes historiques, politiques ou géopolitiques, elles ont quelque chose d'érudit, d'instructif et de divertissant également. Cette dernière à Berlin ne déroge pas à la règle, et c'est en Allemagne, pas encore hitlérienne que Corto vadrouille. Il y est question de sociétés secrètes fascisantes, antisémites -le mot aryen n'est pas prononcé, mais on l'entend entre les lignes-, anti-communistes... Et Corto de trimballer sa grande carcasse, de se trouver pris à parti et au jeu de démanteler tout cela.

Épatant, comme à chaque aventure, c'est ce que je me dis après chaque album, pour retrouver cette petite appréhension au prochain. Finalement, je crois aimer ça.

par
12 septembre 2022

En 1962, parce qu'il a promis un peu vite aux Américains le prêt de La Joconde pour une exposition, André Malraux se voit contraint par Le Général, de la convoyer lui-même de Paris à New York, sur Le France. Ce prêt pourrait renforcer les liens entre les deux pays, liens qui se sont distendus après guerre, de Gaulle n'étant pas un farouche américanophile. Flanqué d'une conservatrice de musée et d'un spécialiste de la sécurité, voici le Ministre d’État en partance vers le nouveau monde.

Irrévérencieux ? Oui, André Malraux est malmené, mais garde néanmoins sa prestance de Ministre d’État -il paraît qu'il tenait à cette distinction honorifique, comme d'ailleurs à tout ce qui l'honorait de manière générale.

Drôle ? Oui et re-oui. J'ai beaucoup ri aux aventure de Malraux, à son envie de toujours briller un peu plus que les autres, de se mettre en avant, même si parfois, il se prend les pieds dans le tapis et se ridiculise quelque peu. A ses angoisses, ses peurs devant l'ampleur de la tâche.

Cette histoire basée sur une vérité historique est conçue par Hervé Bourhis et Franck Bourgeron qui ont dû bien se marrer en l'écrivant. Il faut malmener le personnage historique sans lui manquer de respect, inventer des situations décalées, saupoudrer d'anecdotes réelles. Bref, c'est très réussi, à tel point qu'une autre aventure du Ministre serait très tentante. Pour le dessin, c'est Hervé Tanquerelle -couleurs d'Isabelle Merlet- et là encore, c'est très bon. On ne peut s'empêcher de penser à Tintin, dans le trait et une croisière en bateau en plus -même si le capitaine n'est point Haddock. La référence est voulue, mais le dessinateur s'en affranchit très vite et imprègne son style qui colle parfaitement au texte.

Vous l'avez compris, j'ai beaucoup aimé, et je ne doute pas que ce sera le cas de beaucoup de lecteurs.

La véritable histoire du Dahlia Noir

Run

École des Loisirs

19,90
par
12 septembre 2022

Le 15 janvier 1947, le corps d'Elizabeth Short, atrocement mutilé est retrouvé dans un quartier en construction de Los Angeles. La jeune femme de 22 ans, née dans une famille aisée ruinée par la Grande Dépression de 1929, rêve de cinéma, de gloire, de célébrité. Elle quitte son Massachussetts natal pour Los Angeles. Elle se lie à des militaires, à des filles qui comme elle, rêvent d'une carrière. Elle sort beaucoup, s'invente des vies dans les lettres qu'elle envoie à sa famille et à ses amis.

Le meurtre d'Elizabeth, surnommée le Dahlia noir est toujours non élucidé à ce jour, il a été le sujet de livres et de films qui se sont intéressés au tueur, mais assez peu à la victime. C'est sur elle que Run et Florent Maudoux ont mené une véritable enquête qui fourmille de détails, de points encore jamais mis à jour. La très jolie jeune femme, brune -en fait, châtain aux cheveux teints- aux yeux verts a fait tourner beaucoup de têtes mâles. Elle a subi des avances, des agressions, n'a jamais versé dans la prostitution, comme certains l'ont prétendu. Elle sortait beaucoup, dépensait l'argent de ses accompagnateurs d'un ou plusieurs soirs. Sa fragilité et son inconstance en ont fatigué plus d'un qui, cependant ont gardé des relations amicales avec elle.

Le travail des deux auteurs est remarquable, documents à l'appui. L'ouvrage est d'une grande beauté, les pages sont épaisses, mates, le dessin aux couleurs qui rappellent les années 40 -tendance sépia ou pastels- est somptueux. Il commence par des pages écrites et illustrées qui présentent le début de vie d'Elizabeth, puis enchaînent sur des planches de BD ; puis d'autres pages écrites et illustrées s'intercalent entre les planches et pour finir, un dossier dense et complet sur les nombreux suspects et témoignages, des coupures de presse de l'époque... Les 2ème et 3ème de couverture ainsi que les premières et dernières pages sont des reproductions de cartes postales des années 40, de Los Angeles. Le tout plonge dans l'ambiance dès le début. C'est passionnant, très beau. Le portrait d'Elizabeth Short est très réussi, cette jeune femme qui écrivait dans une de ses lettres : "Je ne serais jamais heureuse, à vivre toute seule dans une maison." Son besoin d'être connue, reconnue, entourée, admirée, aimée est peut-être ce qui l'a poussée vers son assassin ?