Le Pavillon d'Or

Le Pavillon d'Or

Yukio Mishima

Gallimard

  • 16 octobre 2013

    En 1950,à Kyoto, un jeune novice met le feu au Pavilllon d'or, le temple le plus célèbre de la ville. C'est de ce drame, qui a bouleversé le Japon, qu'est parti Yukio MISHIMA pour raconter l'histoire romancée de Mizogushi, le jeune moine incendiaire. Mais au-delà du fait divers, l'écrivain relate le parcours psychologique d'un garçon torturé, complexé par sa laideur et son bégaiement, obsédé par la Beauté dont le Pavillon d'or est, à ses yeux, la forme la plus pure. De son enfance pauvre dans un Japon dévasté et humilié par la deuxième guerre mondiale, aux côtés d'une mère adultère et d'un père bonze qui lui a transmis son amour immodéré pour le temple sacré, à son arrivée au Pavillon pour y être novice, recueilli par le prieur à la mort de son père, on découvre un jeune homme qui peu à peu sombre dans la folie, jusqu'à commettre l'irréparable.

    Les mots sont trop faibles pour parler de toute la beauté et la poésie de ce texte magistral. Yukio MISHIMA, sans juger, sans prendre parti, décrit le parcours initiatique d'un jeune homme qui fut son contemporain. Laid et bègue, Mizogushi aurait pu composer avec ses handicaps, s'épanouir dans l'ombre de l'objet de son amour et pourquoi pas un jour devenir le prieur de ce lieu sacré. Son amitié avec le lumineux Tsurukawa, novice comme lui, l'encourage dans ce sens. Mais c'est le sombre Kashiwagi, élève dans le même lycée que lui, qui va dévoiler sa noirceur et sa perversité. Poussé par ce mauvais génie, Mizogushi s'éloigne du prieur et s'enlise dans la dépravation. Symbole du Beau, donc de ce qu'il n'est pas et se sera jamais, le Pavillon d'or devient l'objet d'un amour/haine jusqu'à ce que ses réflexions le conduisent à l'idée selon laquelle c'est ce Beau absolu qu l'empêche de vivre. A-t-il déjà été plus laid, physiquement et dans son coeur, ailleurs que près de ce temple prodigieux? Non, et c'est pourquoi il lui faudra le détruire pour enfin pouvoir s'intégrer à la vie, dans un monde débarrassé de ce rappel constant de la beauté.
    Un roman au ton juste qui appelle maintes réflexions sur le le beau, le bien, le mal et la folie. A lire évidemment, pour la fine analyse psychologique de l'incendiaire et les très sensuelles descriptions de ce lieu hors du commun posé dans un superbe écrin naturel.


  • 19 mars 2013

    Japon, monument

    Voici un grand texte classique de la llittérature mondiale, excusé du peu.

    Outre le fait que l'on découvre la psychologie du personnage, l'auteur nous livre sa vision de la Beauté, réflexion qui hante tout le roman.

    Le personnage principal m'a fait pensé aux frères Karamazov. Jeune étudiant dont le père est mort et dont la mère est coupable, à ses yeux, d'infamie, il se retrouve seul dans la vie.

    Si son premier ami est bienveillant, le second, en revanche, est prompt à la débauche et entraîne notre héros sur cette mauvaise pente. Même le regard amical de son supérieur dans le Temple ne réussira pas à le faire changer de projet.

    N'oublions pas que l'écriture de Mishima est pleine de poésie, décrivant un paysage japonais ou plantes et animaux se répondent.

    L'image que je retiendrai :

    Celle de notre héros découvrant pour la première fois le Pavillon d'Or, image qui reviendra sans cesse, comme une obsession.

    http://motamots.canalblog.com/archives/2013/03/11/26404969.html


  • par
    17 mai 2010

    Un superbe roman

    Yukio Mishima est une des figures de la littérature japonaise par bien des aspects : sa littérature, d’abord, très prolifique, et son personnage hors du commun. Mishima était un nationaliste chevronné proche des milices armées. Taillé dans la pierre, il avait un corps d’athlète qu’il entretenait grâce à sa maîtrise des arts martiaux.

    Mais ce qui a fait définitivement connaître Mishima, c’est son coup d’état militaire raté et le suicide impressionnant qui a immédiatement suivi alors qu’il avait 45 ans.

    Le livre, maintenant. Le Pavillon d’Or est le temple que Mizoguchi a toujours rêvé, imaginé, fantasmé. Laid et complexé par son bégaiement, il est un garçon effacé. Il est finalement recruté comme bonze dans ce temple qu’il adore, mais sa passion va tourner à la haine quand Mizoguchi va jalouser la beauté du Pavillon, qu’il estimait autrefois être la perfection parfaite.

    Il est aisé de faire un rapprochement entre le culte du corps qu’avait Mishima et le thème de la beauté, fil conducteur du livre. Le protagoniste (le texte est à la première personne) décrit les personnes qui l’entourent en précisant toujours s’ils sont beaux ou laids, et en précisant leurs défauts. Ils ne sont jugés que pour permettre à Mizoguchi de pouvoir trouver sa place. Il a deux amis : l’un, normal, décède rapidement, et l’autre est un handicapé.

    L’ambiance du roman est très belle. On imagine un temple, des cerisiers en fleurs, des sages en tunique orange qui prient à longueur de journée… Le lecteur se retrouve littéralement plongé dans ce Japon traditionnel à son immense plaisir. Mais la nature et la complexité de l’être humain reprennent le dessus.

    Unecritique sur LecteursCompulsifs.com