2, Vernon Subutex

2, Vernon Subutex

Virginie Despentes

Le Livre de poche

  • 28 juillet 2018

    Vernon Subutex, l'ex-disquaire, vit désormais dans la rue. Et il s'y fait ! Libre de toute contrainte, débarrassé de l'angoisse de trouver un toit, il s'est crée un nouveau groupe d'amis, des exclus comme lui, et une nouvelle façon de vivre. Vernon a vieilli, Vernon a des absences, mais Vernon a acquis la sagesse de celui qui ne possède rien et n'a plus peur de tout perdre. Installé près des Buttes-Chaumont, il se fond dans son nouvel environnement sans savoir que ses anciens amis sont à sa recherche. Pour retrouver les fameux enregistrements d'Alex Bleach, mais aussi pour lui venir en aide, coupables qu'ils sont de l'avoir abandonné à la rue.

    Où l'on retrouve un Vernon Subutex bien installé dans sa vie de SDF, bien loin des beaux appartements parisiens qu'il a fréquentés dans un passé encore récent. Pourtant le lien n'est pas rompu avec son ancienne vie. Ses amis vont le chercher, le retrouver, essayer de le sauver. Mais Vernon ne veut plus vivre entre quatre murs, il a pris goût à la liberté que procure la vie dans la rue. Alors ils se retrouvent tous aux Buttes-Chaumont, autour d'un Vernon qui fait figure de gourou, rassemblant autour de lui une bande hétéroclite dont chaque membre a ses propres raisons de l'entourer. La dernière confession de Bleach a enfin été révélée et donne des envies de vengeance à certains...
    Sombre par ce qu'il révèle de notre société, ce deuxième opus est aussi illuminé par l'amitié et la solidarité qui s'en dégagent. Moins sex, drug and rock'n'roll, ce tome est plus politique. Virginie Despentes en profite pour régler quelques comptes, dénoncer quelques dérives et plaider la cause de ceux que la société rejette. Avant l'heure, elle aborde le combat pour l'égalité des droits de la communauté LGBT et, avec un sens extraordinaire de l'anticipation, évoque le harcèlement sexuel, c'est #metoo avant Weinstein, mais les rôles sont interchangeables et un autre producteur sûr de son bon droit est en tête d'affiche.
    En cela, le roman est passionnant même s'il est un cran en-dessous du premier. Le phénomène qui se crée autour de Vernon manque de crédibilité. L'ambiance hippie, les amitiés qui se croisent, les amours qui naissent et Vernon, amorphe et silencieux, qui communique en jouant les DJ ou en serrant dans ses bras les âmes en peine finissent par devenir un brin pathétiques. Mais la curiosité l'emporte sur le léger ennui provoqué. Le livre se lit bien, vite, Despentes est critique, acide, fulgurante comme on l'aime et on a hâte de retrouver Vernon et sa bande dans le tome final.