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couverture du livre

La petite ville

Eric CHAUVIER
Editions Amsterdam
10 euros

Anthropologue, sociologue, Eric Chauvier creuse depuis 20 ans son sillon, celui de la déconstruction de notre imaginaire social et de notre habitat. Dans une langue toujours claire et pertinente, sans jargon, il poursuit inlassablement ses recherches et de plus en plus, en s’approchant de ses origines. Cette petite ville, c’est Saint-Yrieix-la-Perche en Haute Vienne, qui l'a vu grandir jusqu’à ses 20 ans à la fin des années 80 et qu’il a vu changer. Il y retourne pour arpenter les rues et places de ce chef-lieu de canton en compagnie d’une amie de lycée, elle, restée sur place. A l’instar de Christophe Guilluy, c’est bien la "France périphérique" qu’il visite, en réactivant des souvenirs qu’il tient à distance comme il tient à distance et en respect cette Nathalie (superbe et discret portrait de femme en pointillé !) dont on lit les remarques entre guillemets.

Comme toujours chez Chauvier, tout est glaçant de vérité. Déjà dans Les nouvelles métamorphoses du désir, son précédent et magnifique livre, il revenait dans une petite ville pour mieux la confronter à la métropole (Bordeaux). Saint-Yrieix ressemble à des dizaines de petites villes de France et sans doute d’Europe, pas plus laide ni plus triste qu’une autre mais transie de solitude dans les confins de la mondialisation et du stade ultime du capitalisme. Chauvier en fait l’expérience, on ne se défait pas comme ça de la petite ville – comme de la géographie ou du corps social – elle se rappelle toujours à nous "sur le mode pathétique qui me l’a fait quitter en 1989 fuyant son étroitesse d’esprit et son conformisme. Mais tout s’éclaire d’une lumière nouvelle, la petite ville subsiste en moi comme une blessure rouverte".

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Mélancolie de gauche

Enzo TRAVERSO

La Découverte

20 euros

Paradoxe du livre de Traverso, faire que la mélancolie inscrite dans l'histoire de tous les mouvements qui depuis deux siècles ont essayé de changer le monde, soit une force celle d'une tradition cachée. Bannie des discours officiels, cette mélancolie n'appartient pas finalement au récit canonique du communisme ou du socialisme, des forces soi-disant de progrès. Elle s'inscrit, c'est la thèse de Traverso, dans la tradition des défaites révolutionnaires, celle de Louise Michel après la Commune de Paris, de Rosa Luxemburg après la défaite du socialisme allemand, de Trotsky lors de son exil Mexicain, de Benjamin - dont l'ombre plane sur ce livre - se suicidant à Port Bou et enfin de Guevara dans les montagnes boliviennes. Jusqu'à 1989, les défaites avaient un gôut de gloire et de grandeur, depuis elles sont plutôt le résultat d'un deuil impossible qui est la définition même de la mélancolie. Péguy regrettait déjà ces défaites obscures. Traverso qui se méfie trop des lendemains qui chantent rarement, s'appuie sur Benjamin qui rejetait une mélancolie passive, fataliste, et appelle de ses voeux une mélancolie différente liée à la contemplation des ruines du passé. Ce livre crépusculaire et magnifique est celui d'un naufrage, à court terme il se peut que l'histoire soit écrite par les vainqueurs mais à long terme " les gains historiques de connaissance proviennent des vaincus". Benjamin l'avait présagé "même les morts ne seront pas en sécurité".

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Propagandes silencieuses

Ignacio RAMONET

Folio Actuel, 8 euros

Et si les films de divertissement, des comédies aux blockbusters, façonnaient notre espace de liberté individuelle ?

C'est l'audacieuse théorie défendue par Ignacio Ramonet. Il nous démontre comment on peut établir un parallèle entre l'époque sociale et le film de divertissement qui lui incombe. Ce dernier peut souvent véhiculer des valeurs et des normes sous-jacentes très fortes sous couvert de juste agrémenter notre samedi soir. Sans basculer dans une paranoïa excessive, l'auteur démontre, au travers de différentes époques, comment les films "grands publics" ont pu en fait répondre de façon très appuyée à des grandes questions sociales, incitant bien souvent à suivre un certain ordre établi ou une volonté politique particulière. On ne bascule pas pour autant dans la théorie du complot, Ignacio Ramonet expliquant avec justesse l'interpénétration logique entre les auteurs de ces oeuvres et leur époque. Il évoquera en revanche quelques cas troublant de "productons d'état" où la volonté d'influence semble évidente.

Un essai que l'on lit avec plaisir et facilité, qui nous parle aussi bien des manoeuvres du pentagone que de la Grande Vadrouille et nous permet de changer de grille de lecture de façon amusante et pertinente face à des oeuvres qui sinon seraient considérées comme "transparentes", là où elles sont finalement loin d'être anodines.

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Petit cours d'autodéfense intellectuelle

Norman BAILLARGEON

illustré par CHARB

LUX 20 euros

Si il y a des ouvrages nécessaires actuellement, celui-ci est indispensable. Avec méthode, pédagogie et humour, Norman Baillargeon pointe du doigt tous les mécanismes de pensées réducteurs ou fallacieux afin de nous permettre de raisonner au meilleur de nos capacités. Si l'ouvrage apprend notamment à se méfier de la présentation médiatique des faits, il n'en est pas pour autant question de théorie complot. Pour Norman Baillargeon ce ne sont pas le contenu des idées et des opinions dont il faut se défendre mais d'une manière malhonnête ou imprécise de les présenter. L'auteur, loin de nous enfermer dans une paranoïa, nous ouvre au contraire à nous confronter aux discours de tous ordres (amis, médias, polémiques etc.), nous apprend à en désamorcer les éventuels mécanismes fallacieux mais aussi à nous remettre également en question sur notre façon de créer nos "certitudes" et de les asséner.

Un ouvrage salutaire donc en ces périodes troublées et où il apparait nécessaire de retrouver une parole commune, claire et diversifiée.

Mention spéciale aux illustrations de Charb qui sont aussi drôles que pédagogiques.

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L'imposture économique

Steeve Keen

Editions de l'atelier

27 euros

Beaucoup d'ouvrages sortent sur la question économique, sur les injustices sociales, sur la crise, sur la reprise, sur ce qu'il faut stopper ou tenter, mais très peu sortent sur la science économique elle-même.

Steve Keen, lui même économiste émérite, s'y attaque ici avec brio.

Quelle est donc au final cette "science", sur laquelle se base ceux qui prennent les décisions aux conséquences que l'on sait, qui érigent des modèles impactant notre quotidien de façon exponantielle, et au final notre conception même de la société humaine ? Et surtout quelle est la viabilité des théories défendues par les économistes ?

Steve Keen part d'un postulat radical : les théories économiques ne supportent tout simplement l'épreuve des faits. Elles ne seraient que "tout va bien dans le meilleur des mondes" et inapplicables aux comportements humains réels. Pour lui, la preuve majeure et évidente se trouve dans les crises à répétitions que connait le système capitaliste et qui, à la grande surprise de l'auteur, semblent être qualifiées "d'imprévisibles" par les économistes alors que pour lui elles sont tout simplement inévitables. Reprenant une à une les plus grandes théories de la science économique, Steve Keen, avec pédagogie et humour, en démonte les rouages pour mieux nous faire comprendre l'absurdité de ces règles ubuesques établies au mépris de tout pragmatisme. S'adressant à un public motivé, mais ne nécessitant aucune connaissance préalable particulière, cet ouvrage, qui en est à sa troisième édition, est plus que salutaire pour éviter de se faire embobiner par quelque jargon FMIsant.

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Reductio ad Hitlerum

François DE SMET

PUF

15 euros

La règle est désormais connue, il y a désormais un risque dans chaque conversation un peu politique, ou un peu passionnée, de se retrouver confronté au fameux "point Godwin", ce point de bascule où on se réfère au nazisme pour disqualifier le discours adverse. Ce qui n'aurait pu être qu'un gimmick de réthorique pour polémiques sur réseaux sociaux est en fait un véritable phénomène de société que l'auteur étudie avec brio. Pourquoi cette référence au nazisme fait-elle encore, 50 ans après la fin de l'horreur, figure de "boussole du mal" ? Pourquoi s'y référer met généralement fin à toute discussion rationnelle ? Et pourquoi cette éternelle récurrence ?

Un essai très clair, très accessible, qui parlera à tout le monde et pourra faire progresser intelligemment tous nos débats de fin de repas !

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Les années 10

Nathalie QUINTANE

La Fabrique éditions

13 euros

Auteure atypique à la plume acérée, Nathalie Quintane écrit en franc-tireur. Son engagement politique n'est plus à débattre, sa grande sincérité intellectuelle non plus. Elle nous plonge ici dans un féroce kaleidoscope social, composé de plusieurs chroniques à l'ironie corrosive et nous mettant face à la notion de "peuple" que ce soit au travers d'une visite de campagne de Marine Le Pen, de télé-réalité et de chips grasses, d'insurrection et même de santon ! Entre lucidité sans concession et coup de gueule drôlatique, un ouvrage qui résonne comme une bonne discussion avec une amie trop rare.

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Propaganda (comment manipuler l'opinion en démocratie)

Edward BERNAYS

ZONES

13 euros

En ces périodes troublées de théories du complot et autres "hoax" du net, les ouvrages nous dévoilant des mécanismes manipulatoires sont légions. Les bons ouvrages, fiables et pertinents, eux se font rares. Propaganda est de ceux là. Et pour cause, il est écrit par Edward Bernays, neveu de Freud et inventuer du lobbying. C'est cet homme qui au début du XXème siècle a inventé ce que l'on nomme aujourd'hui pudiquement "la communication". Et c'est là toute la beauté de cet ouvrage qui, loin d'être un ouvrage à charge contre de telles méthodes de persuasion, les glorifient et en narrent les succès ! On apprendra ainsi comment une entreprise, un lobby, une cause ou des politiques doivent communiquer pour s'attirer les faveurs du public. Les méthodes utilisées sont édifiantes d'efficacité et de cynisme et restent d'une cruelle actualité. Si nous avions encore quelques candeurs face aux discours qu'on nous sert, Edward Bernays a tôt fait de nous dévoiler l'envers du décors (et de s'en vanter !).
A mettre en toutes les mains !

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