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couverture du livre

KA-TA

Céline MINARD

Payot Rivages

10 euros

L'auteure du très remarqué Faillir être flingué, ode au western et à ses duels magnifiques, se transpose ici dans les rites guerriers du Japon.

Ecrit à Tokyo, cet ouvrage est de ces bijoux nippons qu'il est difficile de décrire tant il s'attache dans sa facture à une perfection en tous points : beauté technique du verbe, forteresse imprenable de la maîtrise du style, bouillonnement furieux de l'imaginaire. Ce roman est une tasse de Matcha servie au Pavillon d'Or. Comme dans la cérémonie du thé, on est traversé d'un bouleversement sensoriel tandis que la forme, elle, est juste et droite.

Le principe de l’œuvre est mathématique : à chaque chapitre un kata de sabre, respecté scrupuleusement dans son geste et son intention. Sur cette charpente, Céline Minard dresse le combat sans merci. Elle nous transporte dans toutes les strates du Japon guerrier : batailles, ses duels de samouraïs au milieu des geishas, combats contre les démons au clair de lune et  règlements de compte entre yakuzas. Puis, comme le claquement de main à la fin d'une méditation, Céline Minard nous ramène au chemin de la vie à l'instant où le sabre se rengaine, résumant là toute l'idée du kata (le combat imaginaire qu'on quitte à la fin de l’exécution de la technique dans le vide) et celle de la brutalité japonaise, tranchée au fil du sabre où tout commence et tout finit dans le même geste superbe. Au delà du magnifique exercice du style, ces quelques pages sont aussi brillantes et affûtées qu'une lame forgée par Masamune.

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couverture du livre

Monsieur Stark

Pierre Girard

Edtions L'Arbre Vengeur

138 pages - 9 euros

A la tête d'une firme de cigarettes américaines au management fordien, Monsieur Stark s'éprend de sa secrétaire récemment recrutée.
Rien d'extraordinaire pour l'instant dans cette intrigue, sinon que pour ce président du Congrès Universel de Rationalisation tout va s'emballer. Alors qu'il était comme " le bouleau de la fenêtre qui n'avait pas ce matin-là d'existence personnelle. Il se résignait à être comme tous les arbres, comme un poète sans amour". Monsieur Stark s'effondre et tout un monde est entraîné avec lui. L'amour est une révolution qui s'empare du livre. C'est une révélation et un châtiment aussi pour Monsieur Stark.

On pense à Kafka mais c'est tellement léger par moment qu'on pense aussi à Monsieur Hulot. Pierre Girard est drôle et mélancolique, il égrène à merveille les objets d'un monde qui semble disparaitre à mesure qu'il le décrit. Sa prose est savoureuse et on rit souvent de tant d'invention.

Monsieur Stark est un grand livre d'à peine cent pages. On le lit comme on sirote un vin cuit, comme on fume un cigare, comme on écoute un quatuor. Tout semble y être éphémère et éternel en même temps.

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