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La Grande Idée

Anton BERABER
Gallimard
22 euros

Le voilà, le grand livre de l’automne. Celui que nous n’avions pas voulu voir et que quelques traqueurs ont rabattu vers nous. Certains diront qu’il a 200 pages de trop mais lire les 100 premières pages voire le seul prologue suffit à convaincre d’acheter ce livre.

Qui était Saul Kaloyannis ? A-t-il existé ? Est-il lui-même l’incarnation de cette grande idée qui donne son titre au livre (on le saura à la fin) ? Est-il l’invention de l’auteur ou du narrateur, jeune étudiant qui, dans la Grèce des colonels des années 70, entreprend de rédiger une thèse sur Kaloyannis ? Celui-ci s’illustra dans les années 20 du siècle passé sur le front d’Orient dans le conflit qui opposa la Grèce à la Turquie. Le narrateur nous livre les interviews de personnages très différents (à la manière de Borges) qu'aurait croisé Saul Kaloyannis. On le suit sans rien savoir de lui ni même s’il a un nom, de New-York au Péloponnèse, en quête de son sujet « de thèse ». Rien d’ennuyeux car de toutes ces voix aucune ne se ressemblent dans ce qu’elle a à dire et le narrateur Beraber la fige dans une langue d’une incroyable beauté. Ce premier roman d’un jeune homme de trente ans a le souffle de l’épopée.

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En nous beaucoup d'hommes respirent

Marie-Aude MURAIL
L'Iconoclaste
20 euros

Cela commence par une quête familiale que beaucoup voudraient mener, photos, lettres et journaux intimes en main. Par manque de temps, de sources, de courage, on repousse souvent ces recherches. Marie-Aude Murail, auteure jeunesse connue de millions de lecteurs en France et à l'étranger, s'y lance, bien décidée à comprendre d'où elle vient. Elle nous offre une traversée passionnante du siècle dernier jusqu'à aujourd'hui, avec ses ancêtres et ses fantômes. Les illustrations qu'elle y glisse - dessins, extraits de mots doux, photographies anciennes... - sont parfaitement savoureuses.

Elle dresse des portraits poignants, sans concession, de ceux qui l'ont précédée, accompagnée et qui la hantent encore. Elle se livre finalement sur sa propre vie d'auteure, de femme, de mère avec une lucidité incroyable. On sort secoué par cette honnêteté qui souvent peut nous faire défaut ou en tout cas nous questionne : qui est-on vraiment ? Et comment devenons-nous nous-mêmes ?

Emouvant et enrichissant !

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La vraie vie

Adeline DIEUDONNÉ
L'Iconoclaste
17 euros

Nous sommes étonnés, abasourdis par la puissance de ce premier roman !
La vie se passe dans un lotissement, à travers le quotidien d'une famille ordinaire, un père passionné de chasse qui collectionne ses prises et les empaille, une mère en souffrance, complètement soumise et deux enfants qui essaient d'exister…la peur au ventre.
Un violent accident extérieur à la famille vient soudain troubler leur existence et surtout le regard du plus jeune. Sa sœur, jeune adolescente n'aura de cesse d'essayer de redonner le sourire et un peu d'insouciance à son plus jeune frère.

La violence de ce roman peut paraître difficile à appréhender mais la plume acerbe, efficace, fulgurante, reflète merveilleusement la ténacité, la force de cette jeune fille à ne pas abdiquer, finalement une force sensuelle, tenace qui laisse toujours de l'espoir quoiqu'il arrive !

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Lîle aux troncs

Michel JULLIEN
Verdier
14 euros

Bienvenue sur l'île aux éclopés. Exilés de force à Valaam, une île de Carélie au nord-ouest de la Russie soviétique, vivent là des vétérans de Stalingrad que le régime a voulu cacher tellement leur aspect faisait désordre aux yeux de l'homo soviéticus des années cinquante.

Ces gueules cassées y vivent ou y survivent, qui à l'aide de béquilles, qui dans des caisses à roulettes. Parmi eux, Kotik et Piotr rêvent de s'enfuir et de rejoindre Natalia Mekline, aviatrice et héroine russe. Dans ce tableau digne de Jérôme Bosch ou de Freaks de Tod Browning, le destin est la figure centrale, implacable quand c'est l'histoire qui en décide, déchirant et tendre quand les hommes veulent bien rêver de s'en échapper.

Michel Jullien, dans une prose somptueuse, lyrique, élégiaque et précise - quelle prouesse que ce long travelling du début de livre nous présentant cette communauté disparate ! - nous donne ici un magnifique récit.

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La robe blanche

Nathalie LÉGER
P.O.L
16 euros

Réparer sa mère, telle est l’injonction à laquelle la narratrice qui n’est autre que Nathalie Léger, devra répondre au cours de ce livre. Réparer, comment et avec quoi… Après Barbara Loden, Wanda, et déjà sa mère, intimement tissée dans son magnifique précédent livre Supplément à la vie de Barbara Loden, c’est un autre personnage de femme, une artiste aussi à qui elle s’intéresse dans La robe blanche.

Pippa Bianca, artiste performeuse italienne, qui décida de traverser l’Europe en autostop habillée en robe de mariée afin de réparer une blessure cachée. Lavant les pieds de sage-femmes, tricotant de petites figurines qu’elle offre à chaque étape de son voyage. Vœux pieux que de réparer le monde, donc destin tragique. Injonction réitérante et histoire tragi-comique de la mère prisonnière à tout jamais de  trahison  conjugale. Ce qu’on aime particulièrement, c’est cette extrême légèreté, cette grande élégance avec laquelle Nathalie Léger construit ces courts objets rares (un tous les cinq ans) que sont ses livres.

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Le Bon Cœur

Michel BERNARD
La Table ronde
20 euros

 

Il faut s’être promené une fois le long de la Meuse de Maxey-sur-Meuse à Domremy pour saisir ce qui d’un paysage entre en nous et s’y conserve. Michel Bernard le sait bien, lui qui a grandi et vit au bord de ce beau fleuve qui court se perdre en Belgique. Dans Le Bon cœur, il fait surgir de ce paysage à la Ruysdael où le ciel est partout, une jeune femme qui n’est que verticalité, tant elle vivra, demeurera et mourra debout.

 

Le mystère de cette soi-disant bergère - on comprend bien avec Bernard que l’historiographie a tôt fait de la cantonner à ses moutons - est tout entier résumé dans son coin de terre et au-delà dans ce qui est un royaume éclaté et pas encore un pays. A aucun moment Bernard ne fait de Jeanne une sainte ou une illuminée. Il la suit pas à pas, mot à mot (les lettres qu’elle dictait existent) de Vaucouleurs à Chinon, d’Orléans à Reims. Et nous livre une sorte de tapisserie de Bayeux quasi abstraite, où les gestes comptent autant que les mots, au cinéma l’auteur semble plus proche de Bresson que de Dreyer.

 

Jamais de bons mots, ni de phrases simples mais quelque chose de l’ordre du juste et du plein, où le sensible est partout. Ce Bon cœur bat longtemps le livre refermé…

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La nuit des béguines

Aline KINER
Liana Levi
22 euros

 

Une plongée savoureuse dans la vie des béguines au cœur du Paris médiéval !

Béguine, béguinage, cela vous dit sans doute quelque chose… Les béguinages, ces lieux paisibles dans certaines villes du Nord de l'Europe, Amsterdam, Bruges, Bruxelles. Aujourd'hui souvent désertés de leurs habitantes, devenus des espaces privilégiés pour le repos et la contemplation à l'écart du bruit urbain contemporain.

Il existait également un béguinage à Paris, situé dans le Marais, qui a depuis disparu. Aline Kiner nous narre avec brio l'histoire de ces femmes libres, ni tout à fait laïques, ni tout à fait religieuses qui y vivaient en communauté, sans être cloîtrées. Sous Philippe Le Bel, à l'heure de la chasse aux hérétiques, les béguinages représentent un espace de liberté menaçant les ordres établis et forment des cibles privilégiées.

On suit plusieurs générations de femmes, Ysabel, Maheut, Agnès, chacune ayant son chemin de vie, tentant de se (re-)construire au contact des autres, en travaillant, en soignant, en traduisant des textes sous le manteau...
Saveurs, couleurs, matières, odeurs, on vibre à la richesse des évocations chatoyantes de ce roman. C'est extrêmement bien documenté et véritablement passionnant.

Alors quand une cliente vient nous parler d'un éventuel projet de béguinage à La Rochelle, on se plaît à rêver qu'un vivre-ensemble est possible pour toutes les générations…

Rencontre avec Aline Kiner le vendredi 11 mai 2018 !

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Une rencontre à Pékin - Une autre Aurélia

Jean-François BILLETER
Allia
8,50 euros - 7 euros

Le diptyque Une rencontre à Pékin et Une autre Aurélia forme un trésor précieux que l'on voudrait toutefois partager.

Jean-François Billeter part étudier le chinois à Pékin dans les années 1960. Le futur sinologue raconte, dans ce premier livre, sa rencontre avec une jeune étudiante en médecine, Wen, qui changera sa vie à jamais. Une rencontre inimaginable pour un étudiant suisse dans la Chine de Mao-Tsé-Toung. Tisser des liens avec une Chinoise pour un étranger relève de l'exploit et n'est pas dépourvu de risque lorsque la Révolution culturelle se prépare. Avec patience et précision, il explique le contexte inédit de cette rencontre, les obstacles franchis et les stratagèmes qui lui ont permis de vivre une histoire extraordinaire. Une rencontre à Pékin est une pépite qui donne envie de découvrir toute l’œuvre de Jean-François Billeter.

L'occasion de mieux connaître Jean-François Billeter nous est donnée avec Une autre Aurélia. Pour être tout à fait honnête, il est bien difficile de rédiger une note pour ce petit livre. Submergé que l'on est par les émotions que sa lecture procure. Après la mort de Wen, l'auteur tient son journal. Wen est en lui, le suit, le jour, la nuit, jusque dans ses rêves. On avance avec lui, on l'accompagne vers une certaine lumière, un apaisement. C'est tout simplement le récit de l'amour. D'une magnifique histoire d'amour.

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Dans l'épaisseur de la chair

Jean-Marie BLAS DE ROBLÈS
Zulma
20 euros

Que sait-on de nos racines ?

Au milieu de la nuit, un homme part, vexé par une remarque de son père la veille au soir : « Toi, tu n'as jamais été un vrai pied-noir ! ». Accroché à un bout, incapable de remonter sur le bateau sur lequel il a fui, il médite sur ce jugement, plein de contradictions, et évoque la vie de cet homme qui a traversé le siècle, dont l'histoire se mêle à l'Histoire. Espagnol d'Algérie, engagé pendant la Seconde guerre mondiale en Italie, appelé pendant les « événements » puis médecin auprès des mineurs des Vosges, le fil est déroulé méticuleusement par son fils.

Un portrait émouvant et passionnant qui traverse la Méditerranée. En quatre temps, comme autant de couleurs des jeux de cartes à enseignes espagnoles (deniers, épées, bâtons, coupes), il décline les mille et un visages d'un père et d'un héritage.

Encore une fois, les éditions Zulma nous offre une perle dans un écrin. La qualité de l'objet livre est un vrai plaisir et sublime les mots de Jean-Marie Blas de Roblès. 

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Point Cardinal

Léonor DE RÉCONDO
Sabine Wespieser
20 euros

Nous avons lu avec grand plaisir Pietra Viva et Amour et sommes de nouveau conquis, troublés par le dernier roman de Léonor de Récondo : Point cardinal.

Un point cardinal représente un repère à l' horizon pour se diriger, un ancrage qui physiquement, intellectuellement, vous positionne, vous situe…

Ici, le point cardinal pourrait représenter la vérité du corps qu'un père de famille essaie d'atteindre parce que c'est plus fort que lui, son corps lui ordonne de se féminiser. Sa position sociale lui impose de se cacher pour se travestir mais rapidement cette situation deviendra insoutenable. Cet homme ne pourra plus transiger sur son désir de se montrer femme aux yeux des siens , de son entourage, sans velléité de choquer juste de se montrer tel qu' il est…

Léonor de Récondo écrit juste, transmet comme dans Amour par le biais du froissement des matières, des tissus, la transparence des émotions pour atteindre la plénitude à force d'endurance et de courage. Le portrait des membres la famille est respectueux, délicat.

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