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couverture du livre

La maison indigène

CLARO
Actes Sud
19,50 euros

« Une maison est souvent un lieu où l’on attend quelqu’un » écrit quelque part Claro dans La Maison indigène. Il écrit aussi dans une sorte de lapsus « la maison indigeste », signifiant ainsi que tout ce qui jusqu’à maintenant touche à la généalogie, à la famille ne lui parlait pas, « j’étais sourd aux racines ». Par hasard, un ami le pique aux mots, découvrant cette maison indigène, lui rappelant avec humour « qu’en plus d’écrire des livres, il construit des maisons et les fait visiter par Camus ». Il n’en fallait pas plus pour pousser la porte de cette maison mauresque construite par son grand-père Léon Claro en 1930 à Alger. Et dévérouiller ainsi quelques serrures de sa propre histoire violemment refoulée. Deux figures célèbres sont au cœur du livre, Albert Camus qui en 1933 écrivit à la suite de sa visite La maison mauresque un de ses premiers textes publiés ; Jean Sénac le poète assassiné, soutenu par Camus et ami du père de Claro. Cette maison construite pour le centenaire de l’Algérie française, a sinon une âme, un inconscient, fait de parois, de portes, de cours, de murs, d’ouvertures. Comme les livres que l’auteur écrit et qu’il imagine sans père ni mère, il ne sait guère d’où elle vient mais il sait qu’il doit retourner dans la Maison Mauresque.

Le livre n’est rien d’autre que ce retour, cette visite et c’est déjà beaucoup. Il tisse entre les mots une lettre au père parti trop tôt, architecte lui aussi de cette histoire et poète sans oeuvre, « les caveaux sont aussi des maisons ». Il imagine une grande maison qui aurait pu rapprocher les deux rives de la Méditerranée. Il mène l’enquête mais avec détachement et ironie, sans trop chercher ce qui est finalement le meilleur moyen de trouver. On connaît Claro pour ses superbes traductions moins pour ses propres livres. Réparons au plus vite cette injustice. La Maison indigène vaut plus qu’une simple visite c’est un récit magnifique.

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couverture du livre

Thésée, sa vie nouvelle

Camille DE TOLEDO
Verdier
18,50 euros

 

En Europe les migrations se sont souvent faites d’Ouest en Est, épousant les exodes et les guerres successives ou le démantèlement des empires. Celui de Thésée, le narrateur du livre, est à rebours de ces migrations. Dans le premier quart du deuxième millénaire, il fuit Paris comme une malédiction vers une ville de l’Est marquée du sceau des guerres et des ravages de l’histoire. Il emporte avec lui trois cartons d’archives et emmène ses trois enfants. Le livre est écrit sous le signe de cette trinité.

 

La scène augurale datée du 1er mars 2005 à Paris est presque insoutenable, elle fait suite à une longue adresse, sorte de kaddish au frère mort, cependant elle donne le ton, l’empreinte du livre et nous aide à comprendre. Réécrire l’histoire d’une lignée d’hommes fragiles, de l’empire Ottoman jusqu’à nos jours et tenter de conjurer le destin de celui qui reste, accablé au bout, tout au bout de la lignée. N’en pouvant plus, il doit partir, son corps, jeune pourtant, lui faisant défaut. Est-ce lui ce visage d’enfant sur le bandeau du livre, gants de boxe aux poings, voulant boxer mais les yeux comme déjà boxés par le temps. Il semble nous dire qu’il est prêt à se battre. Est-ce Thésée, est-ce l'auteur ? Il y parviendra en rouvrant les fenêtres du temps et de l’Histoire avec une grande Hache.

 
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Giono, furioso

Emmanuelle LAMBERT
Stock
18,50 euros

Pourquoi Giono demeure aux yeux du plus grand nombre un écrivain quasi bucolique, régional voir champêtre ? Le chromo perdure, ses couleurs aussi, et l’œuvre est peu lue alors que c’est une des plus importantes du XXe siècle. Lire Giono est une expérience vivante, organique, « humaine trop humaine ». Elle a à voir avec le mal : « J’aurais pu passer cette nuit de Noël comme tout le monde, en tout cas comme un célibataire qui a du feu chez lui, mais j’eus ce soir-là des démangeaisons dans la poignée de mon sabre », la mort, le sexe et la destinée terrible, implacable : « Frédéric a la scierie sur la route d’Avers. Il y succède à son père, à son grand-père, à son arrière-grand-père, à tous les Frédéric. », la mélancolie : « Charles Quint était un homme de beaucoup de mélancolie et de complexion noire… »

 

C’est peu de dire que le bel essai d’Emmanuelle Lambert permet de rétablir des vérités car une seule ne suffirait pas tant l’œuvre et l’écrivain sont complexes. Elle ne tait rien de l’antisémitisme de Giono, de son pacifisme forcené né de l’effroi de la première guerre, de ses conquêtes tumultueuses auprès d’une épouse fidèle. Surtout elle démonte « le malentendu provençal », Giono n’est pas Pagnol. On ne sait guère conseiller de s’empresser de lire le maître, comme on ne sait guère par lequel commencer tant l’œuvre est foisonnante, variée, vaste. Allez ! S’il fallait n’en choisir qu’un : Un roi sans divertissement (1947).

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Neiges intérieures

Anne-Sophie SUBILIA
Zoé
16 euros

 

Quatre cahiers tenus par une narratrice exploratrice, architecte, paysagiste, lors d’une expédition sur un seize mètres en aluminium, l’Artémis, se frayant un chemin dans les mers de glace le long du Groenland. Un captain et son adjoint, et quatre paysagistes, dont elle, qui note ses impressions, ses humeurs, ses douleurs, les difficultés de la vie en commun, ses découvertes lorsqu’elle se rend à terre, ses courses à pied sur les falaises de lichens et de roche. C’est parfois un peu l’enfer, on se dit que L’odyssée de l’Endurance n’est pas si loin, que l’on est dans les pas de Shackelton. La tension, l’ennui, les petites vilenies coutumières mais aussi les éclats de lumières, les paysages invraisemblables que tout semble menacer, les aurores boréales, le pain que l’on met à cuire, la joie de se laver les cheveux à la bouilloire.


Les notes de paysages innombrables « Les lichens. Ils rampent, brossés par les pires vents. Ils enjambent les siècles, pied de nez magistral à tous les monuments ». Les relevés d’habitats abandonnés dont la narratrice s’est fait une spécialité, les cabanes et leurs traces d’objets empilés, stratifiés. Les apparitions furtives, miraculeuses de narval, béluga ou lièvre blanc. Les souvenirs laconiques de la narratrice. Un voyage comme immobile, une quête spirituelle, une voie intérieure, Neiges intérieures est tout à la fois et on en sort ému, grandi et modeste.

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Le Ghetto intérieur

Santiago H. AMIGORENA
P.O.L.
18 euros

 

Buenos Aires, 1940.
Vicente/Wicenty Rosenberg est arrivé seul de Pologne en 1928.
Il s'est marié depuis avec Rosita et a eu trois enfants.
Il apprend le tragique destin de sa famille restée à Varsovie. Il se sent coupable de ne pas avoir fait plus pour les faire venir. La dernière lettre de sa mère le laissera coi.
Santiago H. Amigorena, son petit fils, reprend la parole pour nous raconter leur histoire, son histoire.
Ce livre est le prologue, le pourquoi du projet d'écriture de l'auteur commencé il y a 25 ans. Une œuvre fleuve en six parties en cours de publication chez P.O.L.

 

La belle langue de Santiago H. Amigorena sert admirablement ce livre nécessaire.

 

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Les silences sauvages

Karin SERRES
Alma éditeur (Pabloïd)
20 euros

 

Ce sont trois histoires de femmes aux titres d'animaux Sirène, Chien et Limule.
Ça déraille dans leur vie : l'une perd son amoureux, l'autre doit subvenir aux besoins de sa grand-mère chérie qui part dans une maison de retraite hors de prix et la troisième attend un enfant sans envie.
C'est dur, certaines scènes sont même très dures mais on se laisse transporter par la prose de Karine Serres. On est happé par la façon dont ces femmes vont résister seules sans en parler à personne.

C'est étrange et parfois heurtant mais ça marche !

Une remarque : la couverture « jeunesse fantasy » est trompeuse. Ne pas s'y fier !

 

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Une bête au Paradis

Cécile COULON
L'iconoclaste
18 euros

 

Blanche vit au Paradis, un lieu-dit à l'écart du monde. Elevée par sa grand-mère Emilienne, ferme et douce à la fois, elle grandit petit à petit, en travaillant dur, dans cette ferme où autrefois ses parents, morts dans un accident, ont vécu heureux. Une passion pour Alexandre, un charmant garçon du coin, va venir la dévorer comme les amours adolescentes le font. Une passion qui même après le départ d'Alexandre pour la ville, même après les années qui passeront, la brûlera jusqu'au tréfonds de son âme. Que faire alors de toute cette force, toute cette puissance enfouie et de tous ces non-dits ?

Lumineux et violent à la fois, presque sauvage.

 

Petite précision : arachnophobes s'abstenir !

 

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Extérieur monde

Olivier ROLIN
Gallimard
20 euros

 

On avait croisé Olivier Rolin - reçu même - en 1994 pour Port Soudan dont il est question dans ce dernier livre. Que l’on croirait testamentaire, quasi posthume, même si l’auteur s’en défend. Extérieur monde est à classer dans les Mémoires, écrit sous l’ombre de celles de Chateaubriand ou de Malraux, Rolin résiste à parler de lui, flagorne un peu tout de même. Il revisite ses carnets et notes de voyage, qui le renvoient sans cesse à lui-même et dont il ne sait que faire. Mais il s’en sort fort bien, riant et nous faisant rire de ses excès et travers. On regrette avec lui que tout ait changé si vite. « Au-delà de la fenêtre, il y a la mer, une autre mer », au-delà des livres qu’il lit ou a lus et celui qu’il écrit, il y a un autre livre, sans cesse ouvert et en cours, ce grand livre du monde, peuplé de paysages, de visages, de corps, de traces. On ne lui en voudra pas de préférer aux villes mondialisées comme New-York, Londres ou Venise ; Valparaiso, Shanghai et Karthoum. « La vie est faite de tout ce qui lui a échappé » pourrait être le résumé de ce beau livre qui voudrait boucler la boucle de la terre qui est ronde et donne envie de partir et repartir toujours.

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Un autre Eden

Bernard CHAMBAZ
Seuil
19,50 euros

 

Portrait en creux de Jack London, tentative de tenir les souvenirs du fils Martin disparu et né comme l’auteur de Martin Eden un jour de janvier 76, récit d’un périple à vélo, ce livre est tout à la fois. Jack et Martin sont inséparables : c’est le miracle de l’écriture que de les faire dialoguer, courir dans les ravines et manger des cerises. On ne sait plus en lisant Un autre Eden de qui lit-on la vie, celle de London d’une incroyable intensité ou celle de Martin, cachée sous les lignes ou dans un bosquet métamorphosé en martin-pêcheur. L’impérieux « Je me souviens », le chagrin, le vélo, les bateaux, le monde et sa grande histoire, des phoques, des capricornes comme ceux de janvier et la tendresse timide de deux cœurs forcenés, de tout cela Bernard Chambaz a fait un magnifique roman.

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Suiza

Bénédicte BELPOIS
Gallimard
20 euros

Les mots, la langue sont crus. Une relation profonde se noue entre ce frêle personnage de Suiza partie de Besançon pour voir la mer puis débarquée en Galice et Thomas, un fermier solitaire, taureau des terres infertiles.

Un premier roman d’une rare intensité écrit par une sage femme qui s'est inspirée de son travail auprès des gens en difficultés "les gens sans" comme elle dit. Elle puise également son inspiration dans un pays qu'elle apprécie pour sa vie haute en couleurs, la verve de ses habitants, leurs démonstrations...


D'une pulsion sexuelle presque animale découle une histoire d'amour inouïe, tendre et torride, jamais pathétique, d'une profondeur abyssale… La bienséance littéraire est malmenée mais c'est justement ce que l'on apprécie à travers cette histoire pudique au plus près de la réalité.

"C’est pas souvent, mais des fois, quand tu mélanges bien deux malheurs, ça monte en crème de bonheur".

Un premier roman magnifique !

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