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Rentrée littéraire 2019

La rentrée littéraire a deferlé dès la mi-août pour se poursuivre jusqu'en octobre. Parmi ceux qui étaient les plus attendus : Cécile Coulon, le dernier Millenium, Amélie Nothomb, Auður Ava Ólafsdóttir, un nouveau texte de Richard Wagamese... Difficile de citer (et de lire !) tout le monde ! Voici quelques-uns de nos coups de coeur !

couverture du livre

Le clou

ZHANG Yueran
Traduit du chinois par Dominique Magny-Roux
Zulma
24,50 euros

 

On ne va pas pouvoir vous en dire beaucoup sous peine d'en dire trop. D'abord le titre : on ne peut décemment pas vous révéler de quel clou il s'agit. En revanche, on peut vous dire qu'il lie irrémédiablement les deux familles de nos deux narrateurs : Li Jiaqi et Cheng Gong. Amis d'enfance, on suit leurs récits croisés jusqu'à aujourd'hui. On observe avec eux la Chine actuelle qui porte en elle les stigmates de la Révolution culturelle et de ses non-dits, génération après génération.

Li Jiaqi et Cheng Gong sont d'une franchise troublante. Ils se livrent sans filtre aucun ou presque. La noirceur de certains moments de leurs vies est à la fois terrifiante et fascinante. Sont-ils véritablement amis ? L'ont-ils jamais été ? Le passé qui les précède les hante et on ne sait si il forge leur caractère ou si il les empêche d'être véritablement eux-mêmes.

 

Un roman brillant et sans concession !

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couverture du livre

Ici n'est plus ici

Tommy ORANGE
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Stéphane Roques
Albin Michel
21,90 euros

 

On ne va pas y aller par quatre chemins, ce premier roman est prometteur et augure pour Tommy Orange, on l'espère, une longue et belle œuvre. A la fois bien écrit et haletant, Ici n'est plus ici est aussi un écrit salutaire. Dès le début, Tommy Orange nous rappelle implacablement les faits : comment les Indiens ont été décimés, dates, noms, tribus. Au cas où la mémoire (ou simplement la connaissance) ferait défaut. Après cette lecture, plus de doute.

Jacquie Red Feather, Tony Loneman, Octavio Gomez sont les héritiers de cette histoire terriblement lourde et riche à la fois. Leurs noms seuls sont les témoins de ces siècles. Ils forment, avec les neuf autres personnages, les voix de ce roman choral, où chaque visage est une facette de cette identité multiple.

La tension monte à mesure que l'on se rapproche d'un grand pow-wow organisé à Oakland. Ce rassemblement culturel et social cristallise ce qui déchire et ce qui unit les communautés indiennes de Californie. Et lorsqu'un enfant, lui-même indien se demande : « pourquoi est-ce qu'ils dansent « comme des indiens » ? Toute la complexité est dite.

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Un autre Eden

Bernard CHAMBAZ
Seuil
19,50 euros

 

Portrait en creux de Jack London, tentative de tenir les souvenirs du fils Martin disparu et né comme l’auteur de Martin Eden un jour de janvier 76, récit d’un périple à vélo, ce livre est tout à la fois. Jack et Martin sont inséparables : c’est le miracle de l’écriture que de les faire dialoguer, courir dans les ravines et manger des cerises. On ne sait plus en lisant Un autre Eden de qui lit-on la vie, celle de London d’une incroyable intensité ou celle de Martin, cachée sous les lignes ou dans un bosquet métamorphosé en martin-pêcheur. L’impérieux « Je me souviens », le chagrin, le vélo, les bateaux, le monde et sa grande histoire, des phoques, des capricornes comme ceux de janvier et la tendresse timide de deux cœurs forcenés, de tout cela Bernard Chambaz a fait un magnifique roman.

 

Sortie le 14 août !

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couverture du livre

Agathe

Anne Cathrine BOMANN
Traduit du danois par Inès Jorgensen
La Peuplade
18 euros

 

France, fin des années 1940.

Un thérapeute de presque soixante-douze ans a bien hâte d'arriver enfin à sa dernière consultation. Il finit pourtant par angoisser à mesure qu'elle se rapproche. Que va-t-il bien pouvoir faire une fois à la retraite ?
Lorsque son assistante, d'habitude si efficace et respectueuse, décide d'accepter une nouvelle patiente contre son avis, sa routine, sa vision de la vie vont être toutes bouleversées. Et l'on se demande qui est vraiment le patient dans cette relation soignant/soigné.
La prose est simple et émouvante. Et pose une question essentielle : peut-on vraiment changer et vaincre nos peurs ? Un premier roman atypique par une Danoise douze fois championne de tennis de table !

A saluer encore une fois, l'excellence facture des ouvrages de La Peuplade, éditions québécoises en provenance directe de Chicoutimi. Papier, jaquette, typographie : tout est extrêmement soigné !

 

Sortie le 29 août !

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Le Ghetto intérieur

Santiago H. AMIGORENA
P.O.L.
18 euros

 

Buenos Aires, 1940.
Vicente/Wicenty Rosenberg est arrivé seul de Pologne en 1928.
Il s'est marié depuis avec Rosita et a eu trois enfants.
Il apprend le tragique destin de sa famille restée à Varsovie. Il se sent coupable de ne pas avoir fait plus pour les faire venir. La dernière lettre de sa mère le laissera coi.
Santiago H. Amigorena, son petit fils, reprend la parole pour nous raconter leur histoire, son histoire.
Ce livre est le prologue, le pourquoi du projet d'écriture de l'auteur commencé il y a 25 ans. Une œuvre fleuve en six parties en cours de publication chez P.O.L.

 

La belle langue de Santiago H. Amigorena sert admirablement ce livre nécessaire.

 

Sortie le 22 août !

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couverture du livre

Les silences sauvages

Karin SERRES
Alma éditeur (Pabloïd)
20 euros

 

Ce sont trois histoires de femmes aux titres d'animaux Sirène, Chien et Limule.
Ça déraille dans leur vie : l'une perd son amoureux, l'autre doit subvenir aux besoins de sa grand-mère chérie qui part dans une maison de retraite hors de prix et la troisième attend un enfant sans envie.
C'est dur, certaines scènes sont même très dures mais on se laisse transporter par la prose de Karine Serres. On est happé par la façon dont ces femmes vont résister seules sans en parler à personne.

C'est étrange et parfois heurtant mais ça marche !

Une remarque : la couverture « jeunesse fantasy » est trompeuse. Ne pas s'y fier !

 

Sortie le 5 septembre !

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couverture du livre

Une bête au Paradis

Cécile COULON
L'iconoclaste
18 euros

 

Blanche vit au Paradis, un lieu-dit à l'écart du monde. Elevée par sa grand-mère Emilienne, ferme et douce à la fois, elle grandit petit à petit, en travaillant dur, dans cette ferme où autrefois ses parents, morts dans un accident, ont vécu heureux. Une passion pour Alexandre, un charmant garçon du coin, va venir la dévorer comme les amours adolescentes le font. Une passion qui même après le départ d'Alexandre pour la ville, même après les années qui passeront, la brûlera jusqu'au tréfonds de son âme. Que faire alors de toute cette force, toute cette puissance enfouie et de tous ces non-dits ?

Lumineux et violent à la fois, presque sauvage.

 

Petite précision : arachnophobes s'abstenir !

 

Sortie le 21 août !

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couverture du livre

Blues pour trois tombes et un fantôme

Philippe MARCZEWSKI
Inculte
17,90 euros

Marczewski est belge, polonais d'origine, libraire défroqué, grand amateur de bière et de football. On ne le savait pas amoureux et connaisseur du jazz. C'est une photo de jazz qui orne la couverture de ce premier livre, cinq musiciens qui peinent à entrer dans le cadre, moment d'incandescence, fugacité, disparition.

Dans une ville – Liège - qui change plus vite que le cœur des mortels, mais qu'il connaît comme sa poche, Marczewski marche, il marchczewski même, prend sa voiture une fois, lève les yeux, se perd, ravive ses souvenirs comme s'il avait mille ans, convoque quelques auteurs liégeois fidèles. Comme le professeur Choron le voulait des architectes, rêve de suspendre les promoteurs par les testicules devant leurs immeubles à peine sortis de terre et déjà décatis, pourfend avec humour la start-up world et son open space, se souvient des grands jazzmen liégeois qu'il visite sur leur tombe, transforme le fleuve Meuse en Amazone belge, retrouve les forêts rouillées de l'enfance et le Bois du cochon. Il est circumnavigateur sur place ou hamster dans Liège. Liège, ça monte et descend comme les humeurs ou le moral parfois.

On rit beaucoup, on pleure aussi, ce doit être un peu belge les deux en même temps. On sort du livre en se disant que Liège c'est pas la Belgique qui est à peine un pays. Que Liège c'est partout, Valparaiso, Liverpool, Odessa ou en bas de chez moi car si le monde est rond comme une orange, on aime rien moins que de continuer à l'arpenter même sur place et se dire qu'on a l'impression d'être déjà venu à Liège ou ailleurs alors que l'on y a jamais mis les pieds.

Sortie le 4 septembre !

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couverture du livre

Une fois (et peut-être une autre)

Kostis MALOÙTAS
Traduit du grec par Nicolas Pallier
Do éditions
16 euros

Désopilant , casse tête, intelligent, absurde, grotesque, ce premier roman grec du jeune auteur, Kostis Maloùtas !

J’ai entre les mains ce fascicule encore presque à l’état brut, sa couverture blanche, et cette notation Epreuves non corrigées, mise en vente le 27 Août 2019…. aux éditions Do. L’envie de le découvrir est encore plus grande, d’autant que le sujet même de ce roman s’y prête avec sa mise en abyme...
Cette lecture me laisse perplexe dans un premier temps, avec des accents de Georges Perec et l’OULIPO, des fausses coïncidences de Ionesco…
Mais je me prends au jeu, car c’est intrigant, avec les textes imbriqués, et la fin insolite.
Le récit relève de l’absurde, et il explore méticuleusement, dans le monde de l’édition, cette faille dans laquelle sombrent brusquement des personnages, vrais ou faux, dédoublés : deux écrivains qui ont écrit le même livre en même temps dans deux continents différents, et deux langues différentes, deux critiques littéraires de chacun de ces romans, deux éditeurs… C’est ici que tout se complique pour le grand bonheur du lecteur qui est arrivé jusque-là, alors que le livre qu’il tient entre ses mains l’exhorte à le lâcher !

 

Geneviève MB pour la librairie Les Saisons

Sortie le 27 août !

 

maloutas_une_fois_graphique

 

« L’un des artifices formels et narratifs du roman "Une fois (et peut-être une autre)" était que l’écrivain avait essayé de synchroniser son texte avec une image. C’était une vignette carrée, de celles que l’on trouve dans les cahiers de jeux pour enfant en âge de manier le stylo. Dans son récit, le narrateur n’évoquait jamais ce dessin, il ne donnait aucune explication au lecteur, ni le moindre renseignement, comme la raison de son existence ou la manière dont il était rattaché au roman. Le flux du texte était simplement entrecoupé de parenthèses indiquant, par exemple,, (point 43) ou ( point 86), de façon plutôt linéaire, même s’il existait aussi des mentions plus complexes, comme (point 12 à point 17)…

La vignette intervenait à deux reprises dans le livre. Une fois au début, pour le lecteur qui aurait décidé de relier les points au fur et à mesure de la lecture, mais imprimée à l’envers, comme les solutions des mots – croisés, afin que ne puisse en avoir une image claire le lecteur qui choisirait, lui, de ne les relier qu’une fois la lecture achevée, lecteur auquel était destinée la seconde vignette à la fin du livre, imprimée à l’endroit, vu qu’elle n’était plus ( la fin ) un mystère à qui parvenait jusque là. »

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