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couverture du livre

Pannonica : a tribute to Pannonica

Coffret (2 CD + livre photos)
Cristal records
29 euros

Emouvant zoom en couverture de cet OMNI (objet musical non identifié). Pleine page, un visage de côté, légèrement tourné, en très gros plan, les yeux fermés. Style studio Harcourt recadré. On ouvre l'objet format d'un livre, à l'italienne. On découvre d'autres photos. La première une femme blanche assise en arrière-plan d'un lit dans une chambre à coucher le visage triste et pâle. Au premier plan comme un couvre lit en peau de bête. Non, après observation, ce sont des chats, une bonne dizaine. Page de droite, un homme noir, cigarette aux doigts, accoudé à une voiture américaine dans les années 50, ambiance motel. Crédit photo : Pannonica de Koenigswarter.

Fille d'un baron anglais, née Rothschild, destin de fée tout tracé mais c'était sans compter sur celui de papillon (le prénom que lui choisit son père, Panonnie, qui est un papillon). Elle volera, butinera partout, pilote d'avion, résistante de la première heure en 1940 puis rompant les liens avec son mari diplomate, sa vie bourgeoise, elle s'installe à New York où elle découvre le jazz qui ne la quittera plus. C'est chez elle que Charlie Parker mourut, c'est dans sa maison sur les bords du New Jersey que Thelonious Monk vécut les dix dernières années de sa vie. Elle photographia au polaroid tous ses hôtes, c'est à dire tout ce que le jazz compta comme génie à cette époque.

Cristal Records, label rochelais, a l'heureuse idée d'exhumer des cassettes personnelles de la baronne quatorze morceaux, que les jazzmen ont écrit pour lui rendre hommage de son vivant. Chacun de ces morceaux est présenté par Pannonica elle-même ainsi que les noms des musiciens et compositeurs. De Nica's tempo en 1958 à Thelonica en 1982, en passant par le célèbre Pannonica de l'inséparable Thelonious Monk, c'est du grand et beau jazz qu'on entend. Et la grave et chaude voix, un peu fatiguée de la baronne qui mourut peu après, comme surgie d’outre-tombe.

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Miles : l'autobiographie

Miles DAVIS avec Quincy TROUPE
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Christian Gauffre
La Table ronde (Petite vermillon)
10,20 euros

Tout Miles est dans ce livre. L’arrogance parfois, la provocation souvent, la crudité dans les propos, et le génie sûr de lui tout le temps. Quand Miles Davis dicte à Troupe ces souvenirs, il est retiré des voitures, il ne joue presque plus, peint et mourra quelques mois après. Il s’y livre comme jamais, il ne le fit ailleurs que dans sa musique. Miles est un monument et cette autobiographie, une stèle à son génie.

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Le peuple du blues

LeRoi JONES
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jacqueline Bernard
Gallimard (Folio)
8,90 euros

Oublions les propos hallucinés de Amiri Baraka alias LeRoi Jones lors des attentats du World trade center et donnons la place qu’il mérite à ce grand livre, écrit dans les années 60. Et qui reste aujourd'hui l’analyse la plus pertinente sur l’histoire de cette musique. Premier ouvrage écrit par un noir sur le blues, il retrace les origines, son histoire et sa place dans la culture des descendants des esclaves noirs américains et revendique l’impact social et artistique de cette musique sur l’ensemble du peuple américain : le blues, et une pousse ultérieure mais parallèle, le jazz. Indispensable !

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Dictionnaire amoureux du jazz

Patrice BLANC-FRANCARD
Plon
24 euros

Cet homme est un gentleman. Nous l’avons reçu aux Saisons. Nous l’attendions plutôt du côté du rock qu’il servit longtemps (Les Enfants du rock, c’est lui). Nous ignorions quel amateur et connaisseur de jazz il était. Respectant le mot d’ordre de la collection, pas de raison, pas de justification, comme en amour, un livre plus amoureux que dictionnaire. Parsemé d’anecdotes personnelles, Patrice Blanc-Francard invité aux 40 ans de Mick Jagger découvrant le grand orchestre de Count Basie en chauffeur de salle, des concerts, des passerelles vers le reggae, le latin-jazz, des renvois et liens musicaux incroyables. On ne lui fera pas le reproche des omissions volontaires de Coleman Hawkins, Gerry Mulligan, Wayne Shorter… L’amour est décidément injuste.

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Strange fruit

David MARGOLICK
Traduit de l'anglais par Michèle Valencia
Allia
9,10 euros

« Billie Holiday est une jeune femme de couleur, rondelette qui a quelque chose de mélancolique dans la voix. Elle ne se soucie pas assez de sa silhouette pour surveiller son régime alimentaire mais elle adore chanter ». Cette légende illustrait la photo de Billie Holiday, première photo d’une femme noire dans le Times en 1939. Le beau et passionnant livre de David Margolick raconte l’histoire étonnante, ainsi que la genèse de la célèbre chanson qu’immortalisa Lady Day, et que personne n’osa vraiment chanter derrière elle. Il rétablit aussi la vérité. Billie n’a pas écrit cette chanson comme elle le laisse entendre dans son autobiographie Lady sings the blues. En revanche sans elle, cette chanson militante, écrite par un membre du parti communiste américain serait restée aux oubliettes. Elle ne la chantait qu’au compte-gouttes et toujours en fin de concert. Après silence… La chanson paralysant le public. Choisissant aussi le lieu où elle la chantait. Not everywhere…

En excellent journaliste, Margolick nous dit ce que sont ces strange fruits et raconte l’histoire tragique du lynchage des noirs aux Etats-Unis de 1880 à 1940. Le lynchage dans sa dérive sémantique, Lady Day connaissait bien, elle qui fut si souvent conspuée par le public blanc, arrêtée par la police, battue par son mari et rongée par l’alcool qui eut raison d’elle.

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Moins qu'un chien

Charles MINGUS
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jacques Hess
Parenthèses
12 euros

Beneath the underdog, c’est être noir et musicien de jazz dans l’Amérique blanche des années 50 et 60. Rien de bien neuf sous le soleil… On connaît les images de Mingus à New York, la contrebasse sous le bras, chassé de son loft avec d’autres musiciens. Moins qu’un chien est l’autobiographie en colère – il l’a été quasiment toute sa vie – de ce très grand jazzman compositeur et interprète d’une musique furieuse et moderne, il suffit de l’écouter encore et constater qu’elle n’a pas vieilli. C’est un livre essentiel sur la cause des noirs et ce que le jazz lui doit.

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L'odyssée du jazz

Noél BALEN
Liana Levi (Piccolo)
19 euros

On aime la photo de couverture du livre - Duke Ellington jeune, galurin sur la tête, tout le buste entouré de pavillons des cuivres, cors, trombone, trompette, symbole du grand orchestre dont il inventa la musique-, on aime aussi le volume, belle édition de poche, format pavé, belle tenue en main, beau papier fin et cuivré. On aime le contenu en tout point passionnant et très vivant.

Tout commence dans l’abomination : celle de l’esclavage et des quinze millions d’esclaves noirs arrachés à l’Afrique (dont deux millions mourront au cours des voyages). Et les premiers chants retentirent sans doute dans les bateaux puis dans les plantations de canne à sucre, sur les planchers des cabanes en bois, dans les églises… D’une musique primitive (première), mais déjà savante, aux salles de concert et aux festivals contemporains que de chemin parcouru !

L’odyssée, « épopée » aurait aussi été approprié, est le point de vue de ce livre de 700 pages écrit par un passionné, édité pour le première fois en 1993, sans cesse réédité et remis à jour ici. Pas une histoire du jazz, encore moins un dictionnaire, c’est une somme dans laquelle tout est dit, les courants de la musique noire jazz, les grandes figures de ces courants. Une vaste et très riche discographie, bibliographie et vidéographie, un très riche index font de cette odyssée, un indispensable outil pour néophyte et spécialiste.

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Nina Simone : Roman

Gilles LEROY
Gallimard (Folio)
7,25 euros

Eunice Kathleen Wayman est née en 1933 et morte en 2003, plus connue sous le nom de Nina Simone, elle est avec Billie Holiday et Bessie Smith la plus grande interprète, compositrice que la musique noire jazz et blues confondus ait connu. Gilles Leroy est romancier et ne prétend à rien d’autre en racontant Nina Simone. Tout ce qu’il écrit sur la grande dame est exact, sauf ce qu’il imagine. C’est-à-dire les circonstances, les couleurs, les émotions, les odeurs et le tragique d’une vie, celle d’un personnage de roman. Comme Billie Holiday, elle connut le mépris, le racisme, la misère, l’alcool, les médicaments… Et la fatigue, sa seconde compagne après la solitude… Reste sa musique - elle détestait que le public lui demande sans cesse My baby just care chanson nulle à ses yeux - et cet hommage bouleversant du romancier.

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