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Le coureur et son ombre - Le versant féroce de la joie

Olivier HARALAMBON
Premier Parallèle - Alma Editeur
16 euros - 20 euros

Dans le peloton des écrivains cyclistes - ceux qui roulent vraiment - Chambaz, Fottorino, Bordas ; Haralambon est l’outsider, loin d’être un porteur de bidons, il a tenté avec ses deux premiers et uniques  livres de belles échappées qui sont arrivées au bout. La première en 2014, avec Le versant féroce de la joie magnifique portrait à la Raging bull, de Franck Vandenbrouck, le prodige surdoué et brûlé vif du cyclisme belge des années 90 et 2000. Surgi de nulle part et passé totalement inaperçu, ce roman nous avait totalement bouleversés.


Pour sa seconde échappée en écriture, pas de portrait mais plutôt un autoportrait au vélo, Haralambon a été cycliste, de bon niveau - il a roulé avec Vandenbrouck - il est désormais philosophe et écrivain. Mais ces deux dernières disciplines ne disent rien de lui tant le cyclisme irrigue toute son existence. C’est le plus beau des hommages qu’il rend là à cette discipline si décriée, des cyclistes que d’aucun prennent pour des brutes, il écrit qu’ils sont délicats comme des danseuses, subtils plus que bien des écrivains. « Des danseurs, des marins, des écrivains, des toreros, des poètes, des artisans de l’effort, des mystiques, des ascètes. Ce que vous voulez mais pas des sportifs. Oubliez ça le sport… » Le livre lorgne en effet vers les mystiques  et le film de Scorsese Raging bull, portrait en christ du boxeur Jack La Motta, pourrait en être l’illustration. Haralambon dit bien que les cyclistes courent après l’extase en poursuivant leur mort à « poumon crevé ». Le coureur et son ombre est un grand livre majestueux et triomphal au sujet d’hommes modestes pour qui le dimanche matin est un rituel païen. Et si comme sur la magnifique photo noir et blanc du bandeau, on ne distingue pas les coureurs de leurs ombres qui n’en sont qu’une, c’est parce que les cyclistes ne se voient jamais rouler et forment un seul corps.

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Sur le Tour de France

Antoine BLONDIN
La Table ronde (La Petite vermillon)
7,10 euros

A la question du célèbre questionnaire de Proust : Quelle est votre occupation préférée ? Antoine Blondin avait répondu « Suivre le Tour de France ». On signerait de suite avec lui mais l’auteur de Un singe en hiver a eu le privilège, lui, de le suivre pendant 28 ans, écrivant plus de 500 chroniques pour L’Equipe dans une manière qui n’est qu’à lui et qu’on appelle le style : légère, tendre, et éphémère comme le fut sa vie. Un art à la Sempé. Ce parfait petit recueil en donne un choix. Blondin buvait plus que de raison et on sait qu’il s’endormait parfois rassasié sur le cuir d’une voiture suiveuse manquant ainsi l’arrivée d’une étape.

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Les forcenés

Philippe BORDAS
Folio
7,80 euros

Les histoires que raconte Bordas dans ce livre sont connues de tous mais comme toute légende elles ont besoin d’être toujours revisitées, transformées peut-être et ainsi ravivées. Forcenés est le chant funèbre du cyclisme que l’auteur conclut avec Hinault. En plus de soixante textes, portraits, souvenirs, rencontres, l’ancien photographe sportif écrit le livre définitif sur le cyclisme. A grand renfort de nostalgie, on croise les portraits de héros homériques qu’étaient Anquetil, Coppi, les frères Pélissier, De Vlaeminck (peut-être le plus beau) mais aussi de grands oubliés tombés au fond du ravin du vélo et souvent de la vie (Ocana). « Le cyclisme prend la mesure du monde dans ses excès ». Bordas prétend qu’il n’a duré qu’un siècle et érige ici le plus beau de ses monuments.

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Sur le Giro 1949

Dino BUZZATI
So Lonely
14 euros

C’est un des tours d’Italie les plus incroyables, celui de 1949, remporté par Fausto Coppi. La bataille que se livrèrent les deux grands champions Bartali et Coppi est entrée dans la légende du sport. S’est transformée en une formidable épopée dont seul le cyclisme a le secret. Alors qu’il ne connaît rien au cyclisme, ne l’appréciant guère, ni au vélo, disant à ce sujet de lui-même qu’il est un imbécile incompétent, l’auteur du Désert des tartares est envoyé par le Corriere della sera suivre le Giro. Au jour le jour, il donne des chroniques sensibles, innocentes, drôles et souvent grandioses car le regard d’enfant et d’écrivain qu’il porte honore grandement les hommes et cette discipline. Et s’il y a « un commandement divin qui dit de sanctifier les fêtes et les coureurs du Giro », ce recueil est à déposer sur l’autel des plus belles pages écrites sur le sport.

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Les forçats de la route

Albert LONDRES
Arléa
6 euros

En 1924, après avoir écrit ces fameux reportages sur le bagne de Cayenne, Albert Londres, l’inventeur, sinon le père du reportage à vif, suit le tour de France qui est déjà une institution. Aimant gratter et chercher et adoptant une attitude propice à la confession, des coureurs évoquent avec lui l’ancêtre des pots belges qu’ils s’administrent afin de supporter l’enfer qu’ils vivent. Sans doute que ce livre - l’expression de « forçats de la route » lui sera attribuée alors qu’elle est de  Henri Decoin - est le premier livre écrit sur le cyclisme et sans doute un des plus beaux.

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Jean-Bernard POUY
L’Atalante
12,90 euros

17ème étape du tour de France 1995, racontée de l’intérieur par un coureur Lilian Fauger (a-t-il existé ?) jeune étoile montante du cyclisme dunkerquois. Qui décide de s’échapper du peloton afin d’aller saluer sa famille. La tradition veut que dans le peloton on laisse partir l’enfant du pays… Mais le jeune coureur, ambitieux, se prend au jeu, « si c’était son étape ? ». Pouy se glisse et nous glisse dans la peau de Fauger ce porteur d’eau que le peloton décide de rattraper. A quel prix et de quelle manière ? Epatant roman d’un autre sans-grade mais formidable auteur de polar, Jean-Bernard Pouy.

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Le pouvoir de la pédale

Olivier RAZEMON
Rue de l'échiquier (Ecopoche)
7,50 euros

Faut-il encore présenter Olivier Razemon dont le blog « L’interconnexion n’est plus assurée » fait autorité. Avec Frederic Héran et Véronique Michaud, il est le spécialiste du vélo transport, qu’il présente comme un remède à la crise économique et un atout pour la coexistence apaisée des différents modes de déplacement, en particulier en ville. Il n’a rien d’un gourou ni d’un orthodoxe du deux roues non motorisé. Plein d’humour dans ses interventions publiques, il intervient volontiers auprès des municipalités ou collectivités afin de les aider à mettre en place des politiques efficaces de transport apaisé. Dans Le pouvoir de la pédale, on lira volontiers sa brève histoire de la machine à courir qu’est le vélo, ses injonctions pacifiques à aller plus vite vers le vélo et pas forcément plus vite à vélo, sa bicyclette versus la voiture et ses mauvaises notes pointées vers les villes les moins cyclables de France, la liste des peuvent mieux faire est à la fin. Il a publié en 2017, un livre important et polémique sur le dévitalisation des villes françaises : Comment la France a tué ses villes

 

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Echappée

Agnès DARGENT
Cheyne
16 euros

Pourquoi ce livre ne nous est il pas tombé dans les mains lors de sa première parution en 2000 ?
Cheyne, dont on connaît le soin particulier apporté à la confection des livres - ici composé en Médiéval corps 12 et imprimé sur un bouffant Munken, la couverture rouge vif rugueuse et creusée telle un paysage érodé - a l' heureuse idée de le rééditer dans une version plus courte donc plus dense.
A l'heure des bonus tracks, posface, préface, proposer à la lecture un texte plus court est audacieux et à propos.
Agnes Dargent est décédée en 2013, à 60 ans. Si j'en crois ses récits elle était une cycliste chevronnée, montant à l'aise le Col de Joux Plane, col 1er catégorie lors du Tour de France. Mais elle est surtout un écrivain remarquable à classer du côté des Réda, Chambaz, Fournel ; les écrivains poètes sur deux roues à rayon. Sa prose nous étourdit de bonheur et de sensation, devant un paysage dont le seul devoir semble " d'être gai, pour l'éternité" ou au moment d'étancher une grande soif à la terrasse d'un café. Il est beaucoup question de bistrots, de restaurants et des habitués des comptoirs de province, tout un peuple bariolé et attachant,sous le regard attendri d'une écrivain cycliste. On ne dira jamais assez le service que rend le vélo à l'humanité et à la littérature en l'occurence, à jeter sur le monde une onction tendre et mélancolique.

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