icone menu
couverture du livre

Pedro Páramo

Juan RULFO
traduit de l'espagnol (Mexique) par Gabriel Iaculli
Nouvelle traduction en 2005
Folio
7,80 euros

 

Juan Rulfo fait partie des livres dont la lecture est une expérience bien étrange, comme si  vous parveniez à lire une langue étrangère d’un seul coup, sans l’apprendre, quelque chose devient familier mais le mystère demeure. Pedro Páramo renouvelle le voyage initiatique dans une geste superbe et moderne. Superposant plusieurs niveaux de narration, parfois plusieurs époques et des lieux différents, il raconte le voyage initiatique que fait un jeune homme à qui sa mère sur son lit de mort a demandé d’aller trouver son père et géniteur, le Pedro Páramo qui donne le titre au livre. Il va rencontrer sur son chemin et jusqu’au village de Comala toute une série de paysans, bourriquiers, vagabonds,  plus ou moins réels, sorte d’âmes errantes. Résonnent aussi, dans les villages abandonnés qu’il traverse, des voix  cachées, comme l’expression  de douleurs fantômes et des plaintes éternelles.

 

Mais ce serait réducteur et bien faux de n’en faire qu’un roman sombre - certes il l’est - n’oublions pas que la fête des morts est une fête joyeuse au Mexique. Il est aussi un  grand roman social et politique - la révolution mexicaine est en toile de fond et la misère qu’il dépeint à peine soutenable. S’il fallait le classer, on lui trouverait facilement une place entre le Faulkner de Tandis que j’agonise et  Les Saisons de Maurice Pons. Edité en 1955, il est le seul  roman de Rulfo qui ne publia que deux livres et cessera d’écrire jusqu’à sa mort en 1986. Le roman sud-américain des années 60 lui doit beaucoup.

image "je veux le lire"
couverture du livre

Du givre sur les épaules

Lorenzo MEDIANO
traduit de l'espagnol par Hélène Michoux
La ramonda
13,20 euros

C’est la romancière Laurence Cossé, auteure du formidable La grande arche, qui, a la faveur d’une visite discrète à la librairie nous a conseillé ce roman édité en 2008 pour lequel elle participa au modeste succès.

Chronique d’un village de l’Aragon espagnol juste avant la guerre d’Espagne, par la voix de son instituteur nous est raconté un événement tragique qui bouleversa les villageois. Biescas de Obago pourrait être un village sorti d’un roman de Giono ou de Ramuz, le temps y est figé et la grande histoire semble cheminer bien au loin. Tout y semble immuable : de ses verts pâturages à ses nombreuses maisons (casas) qui ne sont pas que des bâtiments, « ce sont des murs épais, des caves voûtées, des toits de lauze ou d’ardoise mais aussi les personnes qui les habitent, les champs, les métayers, les domestiques, les enfants qui y naissent, les bêtes de somme, les outils, l’huile des lampes, les vignes….les petites ou grandes économies ». Une sorte de grand inconscient hiérarchisé et ordonné, plein d’interdit et d’empêchement. Ce village, structure mentale et sociale, va trouver en la personne de Ramón, un berger pauvre, celui qui fendra la carapace et les règles ancestrales du patriarcat qui y règne. L’amour, interdit et fort, qu’il éprouvera pour Alba viendra perturber cet ordre social. Au-delà de la variation maître et serviteur, riche et pauvre, c’est aussi dans la manière et l’art du récit que ce roman excelle. A travers la parole de l’instituteur censé rétablir la vérité malmenée par un article de presse, composant une première et erronée version des faits, il finit par en donner une sorte de récit choral, c’est de la question de la vérité dont le roman traite. Rien de neuf donc sous le ciel, à l’air des fausses nouvelles contemporaines. La figure de l’instituteur est émouvante elle rappelle le rôle que jouaient les maîtres d’école à l’instar des curés comme garants de la mémoire et de l’ordre villageois. Mais une figure emporte le récit, c’est celle de Ramón le rebelle au grand cœur amoureux fou comme sorti d’un western de John Ford ou de Clint Eastwood, la longue et splendide séquence finale ressemblant étrangement ce genre cinématographique.

Nous ne savons quasiment rien de L. Mediano, il a composé là une splendide œuvre que Jean Giono, Panaït Istrati ou Ramón Sender aurait pu écrire. Saluons au passage aussi les Éditions de la ramonda qui ont su dénicher ce joyau.

image "je veux le lire"