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couverture du livre

Mélancolie de gauche

Enzo TRAVERSO

La Découverte

20 euros

Paradoxe du livre de Traverso, faire que la mélancolie inscrite dans l'histoire de tous les mouvements qui depuis deux siècles ont essayé de changer le monde, soit une force celle d'une tradition cachée. Bannie des discours officiels, cette mélancolie n'appartient pas finalement au récit canonique du communisme ou du socialisme, des forces soi-disant de progrès. Elle s'inscrit, c'est la thèse de Traverso, dans la tradition des défaites révolutionnaires, celle de Louise Michel après la Commune de Paris, de Rosa Luxemburg après la défaite du socialisme allemand, de Trotsky lors de son exil Mexicain, de Benjamin - dont l'ombre plane sur ce livre - se suicidant à Port Bou et enfin de Guevara dans les montagnes boliviennes. Jusqu'à 1989, les défaites avaient un gôut de gloire et de grandeur, depuis elles sont plutôt le résultat d'un deuil impossible qui est la définition même de la mélancolie. Péguy regrettait déjà ces défaites obscures. Traverso qui se méfie trop des lendemains qui chantent rarement, s'appuie sur Benjamin qui rejetait une mélancolie passive, fataliste, et appelle de ses voeux une mélancolie différente liée à la contemplation des ruines du passé. Ce livre crépusculaire et magnifique est celui d'un naufrage, à court terme il se peut que l'histoire soit écrite par les vainqueurs mais à long terme " les gains historiques de connaissance proviennent des vaincus". Benjamin l'avait présagé "même les morts ne seront pas en sécurité".

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