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couverture du livre

Les étoiles s'éteignent à l'aube

Richard WAGAMESE

traduit de l'anglais (Canada) par Anne Raguet

ZOE

20 euros

Quand on aime la littérature américaine, on croise pas mal d'histoires sur les grands espaces et la quête de soi de personnages rugueux, esquintés, mais qui tiennent le verbe haut à leurs vieux démons.

Des histoires d'amour de la nature, de prolétariat semi-agricole, d'alcool, de bagarres, de meurtres passionnels, de femmes farouches au regard d'aigle et de crachat de tabac pour ponctuer ses phrases.

Ça sent la liberté, la perdition, les décisions prises comme un cheval qui se cabre. On y brûle sa vie en pleine nature, sous le soleil ardent des passions et du whisky.

Pour Eldon Starlight, ouvrier amérindien sur le retour, ce temps là a eu lieu mais il est révolu. Il agonise d'avoir trop bu, trop fuit. Squelettique mais fier, rongé par les remords comme par la maladie, il convoque son fils Franck, dont il ne s'est jamais occupé. Ses dernières volontés sont simples : être conduit dans la montagne pour y mourir et y être enterré « comme un guerrier ».

Le jeune accepte  à contrecœur et s'en suit une chevauchée du dernier espoir qui nous remue les tripes aussi sûrement qu'un torrent dévale la montagne. Eldon y racontera ses souvenirs pour tenter de livrer un bout de sa vie à son fils comme héritage, de combler des manques grands comme des gouffres. Franck, si il sait faire face à un jeune ours qui les charge, ne sait que faire de l'amour abîmé de ce père qui l'a tant déçu.

A la lueur des feux de camps se joueront bien des duels entre ces deux hommes à la peau d'écorce. Les dialogues arides de cette épopée intimiste sont d'ailleurs sa grande réussite. On ouvre la bouche comme on dégaine et on parle pour faire mouche. Pourtant, derrière cette  constance de la rudesse, Richard Wagamese réussit à nous livrer des sentiments poignants, confondants, aussi brutalement nus qu'une peinture rupestre découverte dans une clairière.

« Les Etoiles s'éteignent à l'aube » est un grand roman, marquant, qui écorche et qui répare tout à la fois. On en garde le souvenir près de soi comme un talisman.  Peut-être aurait-il d'ailleurs mérité qu'on lui conserve son titre original : « medecine walk ».

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Une vie entière

Robert SEETHALER

traduit de l'allemand par Élisabeth Landes

Gallimard (Folio)

6,60 euros

On pourrait penser que 150 pages ne pourraient suffire à raconter la vie d'un homme. Dire une vie bien remplie, celle d'un humble parmi les humbles.

L'existence c'est du temps, et le temps est la matière de ce beau livre, construit, et c'est sa grande force, sur des ellipses.

Condensation et dilatation. Condensation des sentiments, de la présence au monde de Eggers le héros du roman et dilatation quand sa vie s'inscrit dans un temps long, celui de l'histoire ou du progrès. Qui est cet Eggers? Un orphelin très jeune recueilli par une brute, qui le rendra boiteux, finira par trouver l'amour, survivra à une avalanche, sauvera un homme de la mort, fera la guerre sur le front russe, participera à la construction des premiers téléphériques, vieillira dignement et finira par mourir de sa belle mort.

Rien de plus simple mais rien de plus beau sous la plume de Robert Seethaler. On referme le livre avec le sentiment d'avoir vu défiler sous nos yeux - un peu comme on prétend voir défiler la sienne au moment du dernier instant- une vie bien remplie, celle d' un homme qui va droit par des chemins sinueux, mais n'est ce pas le propre de toute vie ?

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La petite lumiere

Antonio Moresco

traduit de l'italien par Laurent Lombard

Verdier

14 euros

Un homme vieillissant (on ne sait rien de lui) a décidé de se retirer du monde, de disparaitre.

Un monde en proie à on ne sait quelle menace sourde mais présente.

Dans ses nuits l'homme perçoit, aperçoit de l'autre côté (quel est cet autre côté dont il est question ?), une petite lumière qui s'éclaire tous les soirs alors qu'il se croit résolument seul. C'est le début d'une longue quête. Toute l'histoire est simple et belle comme les grandes histoires celles qu'on raconte aux enfants, elle va se dérouler dans un grand ballet d'hirondelles, de lucioles, de blaireaux, d'insectes de toutes sortes avec lesquels le narrateur entretient d'étranges rapports. Très vite dès les premières pages, on bascule dans une sorte d'ailleurs mystérieux mais très plausible. Je ne vois pas avec ce livre de meilleure illustration à ce concept que Freud a défini comme unheimlich, mal traduit en français par "inquiétante étrangeté", qui désigne  ce sentiment de familier et d'étrange. Refermant le livre on se dit que l'on vient de vivre une expérience unique.

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Wild Idea

Dan O'Brien
Traduit par Walter Gripp
Gallimard
8,20 euros

Même si vous êtes végétariens vous allez énormément apprécier​ le roman de Dan O' Brien.
Le sujet peut paraître tenir de l'utopie et pourtant ! L'auteur partage avec nous son aventure extraordinaire mais raisonnée de réimplanter un élevage de bisons dans les grandes plaines du Dakota du sud aux Etats-Unis.
Professeur de littérature, l' auteur suit l' enseignement sage des indiens Lakota « les bisons nous donnent tout ce dont nous avons besoin pour être riches ».
Dan O'Brien entraîne dans cette aventure éthique une femme et sa fille et ainsi rompt avec sa vie de solitaire. Il devient chef de famille et va s'entourer de personnes aussi attachantes qu'atypiques ...
La portée de ce témoignage est impressionnante parce qu' il est composé de riches éléments instructifs, écologiques, économiques, sociaux, psychologiques...
La force du récit et la persévérance de cet homme nous accompagnent loin de nos tracas quotidiens ...

 

Son inspiration : « Ceux et celles qui osent dire non ! »
« J’admire les hommes et les femmes qui ­refusent les injustices », explique Dan. « Ceux et celles qui prennent le risque de s’opposer au pouvoir lorsqu’ils estiment qu’il est juste et ­nécessaire de le faire pour le bien de tous. Qu’il s’agisse de personnalités exceptionnelles comme Martin Luther King ou de militants comme José Bové. Le courage de ces derniers nous aide à aller de l’avant. Un projet économique et éthique comme le nôtre génère beaucoup de résistance et d’opposition de la part des autres éleveurs, y compris ceux qui ont des bisons, car il remet en cause leur mode de fonctionnement et leur ­volonté de toujours gagner et produire toujours plus, et plus vite, sans se soucier des conséquences pour les générations qui viennent.»

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L'amie prodigieuse

Elena FERRANTE
Traduit de l'italien par Elsa Damien
Gallimard
8,20 euros

Elena Ferrante nous emmène dans les quartiers pauvres et démunis de Naples, années 50 en plein boom économique,  période de mutation.

Deux jeunes femmes de familles modestes se lient par une amitié  « prodigieuse ». Elles entretiennent une course de la connaissance, du savoir. L’une plutôt par don, l’autre grâce au travail, par volonté d’apprendre, de dépasser son amie en ayant la meilleure note.

Les tourments de l’adolescence, la transformation des corps, l’affront des bandes des banlieues rendent la vie dangereuse, tourmentée dans ce quartier en lisière du centre-ville.

Si l’amour est un sentiment souvent traité en littérature  cette fois la complexité de l’amitié est à l’honneur, dans sa dimension fondatrice, émancipatrice et comme vecteur de passage à l'âge adulte. On vit pleinement aux côtés de ces deux héroïnes inoubliables et on admire leur courage, leur pugnacité. Un remarquable plongeon dans Naples, ses codes, la tradition, le sens de la famille …

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Un membre permanent de la famille

Russel BANKS
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre Furlan
Actes Sud
7,80 euros

Russel BANKS réussit en quelques lignes, quelques pages à décrire profondément la vie d'une mozaïque d'êtres humains passant de l'homme à la femme, du noir au blanc avec une facilité déconcertante.

Les personnages traversent une crise, de ces crises politiques, économiques et sociales que connaissent les classes moyennes du monde entier.

Les aléas de la vie entravent fortement leur quotidien jusqu' à les forcer à basculer dans la survie.

L' auteur excelle à nous décrire le déclin des illusions et le passage à la débrouillardise pour tenir la tête hors de l'eau.

Transcrivant parfaitement ce que vivent une multitude d'Américains aujourd'hui, Russel BANKS tient ici des chroniques d'un réalisme troublant sans toutefois verser dans l'amertume.

Un pari de litterature sociologique hautement réussi.

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Alameda

Astrid Cabral

Traduit du portugais (Brésil) par Astrid Cabral et Sandrine Pot

Editions les Arêtes

17 euros

"Il y avait longtemps que les heures de bureau avaient commencé chez les végétaux". Voici une des phrases dont ce livre est capable. Il fait parler les plantes et les végétaux comme le jardinier fait parler le sécateur, il leur attribue des pensées et des sentiments profonds.

On en sort ébloui, empli de chlorophylle et bluffé qu'une auteure ait osé. On ne s'étonnera pas qu'elle soit poète. Bien sûr les végétaux aiment, souffrent et parlent entre eux, mais aussi : la place du village, la clôture, le parc se racontent.

Quant à l'homme, il ne peuple pas la nature, c'est la nature qui l'habite. Elle a pris possession. Certes il taille les arbres, il cueille ou ramasse les fruits, mais c'est malgré tout de ce prédateur - et fier maître du monde qui se prend pour Dieu - dont il est question dans ces contes.

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