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Les filles au lion

Jessie BURTON

traduit de l'anglais par Jean Esch

Gallimard

22,50 euros

 

Deux vies de femmes : l'une en plein cœur de la guerre civile d'Espagne, l'autre pendant les années 1960 à Londres.

L'auteur anglaise de l'excellent La miniaturiste * pose subtilement dans ce livre la question de la place de la femme dans les contours nébuleux de la création artistique  ainsi que sa position dans l'histoire de l'Art. Amour, guerre, peinture, féminisme, racisme…les ingrédients d'un beau roman que les amateurs de Tracy Chevalier ( La jeune fille à la perle) ne manqueront pas d'apprécier. Que du bonheur !

*A lire aussi : Miniaturiste, le premier roman de Jessie Burton, qui nous emmène au cœur du 17 siècle, le « siècle d'or », à Amsterdam, disponible en poche (Folio, 8,20 euros)

 

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Le chien, la neige, un pied

Claudio MORANDINI

traduit de l'italien par Laura Brignon

Anacharsis

13 euros

Un homme sans âge vit seul dans un chalet de haute montagne, parfois il descend au village faire quelques courses. Son isolement volontaire confine à la réclusion. Dès qu’un étranger s’approche de son ermitage, il le chasse à coup de pierre. Il ne se lave jamais et vit de rien. Un jour, un chien aussi seul que lui s’invite dans son quotidien, finit par s’y imposer et devenir son compagnon. C’est un chien qui parle comme parlent aussi les rochers, les avalanches. N’est-ce pas plutôt la dissonance des voix du long monologue intérieur d’Adelmo l’ermite qui se fait entendre ? Et quand l’hiver s’installe vraiment et que la neige les condamne à une sorte d’enfermement, ils forment l’un et l’autre un bien étrange attelage. Un matin à la fonte des neiges, ils découvrent un bras émergeant de la neige…


On ne sait guère où classer ce bien curieux livre qui lorgne du côté de la farce, du roman de montagne ? Un peu de Beckett pour l’absurde et l’humour, un peu de Ramuz pour le mystère de la montagne, un peu de Chessex cet autre grand helvète pour les personnages troublants. C’est un livre du renoncement et de la solitude. Pas de psychologie, pas d’explication sauf dans le chapitre ultime dont on ne sait que faire finalement. Chapitre qui ne nous dit pas qui a rêvé ce livre ? Le personnage, l’auteur ou le lecteur qui aurait cousu des pièces au trou du récit…

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A coup de pelle

Cynan JONES

traduit de l'anglais (Pays de Galles) par Mona de Pracontal

Joëlle Losfeld

16,50 euros

On dit du blaireau qu’il est un solitaire qui vit en groupe. De blaireau il sera beaucoup question dans cet étonnant roman. Comme de vison, de furet, de brebis, d’agneau, de cheval, de chien, de chat, de faisan et de rat, tout un bestiaire sauvage et domestique. Daniel est un fermier endeuillé par la récente mort de sa femme jeune comme lui. Il vit seul depuis, harassé par le travail et l’élevage de ses brebis. Il va devoir faire face à un étonnant trafic à proximité de sa ferme, celui de blaireaux chassés, déterrés de leurs terriers et vendus à prix d’or à des organisateurs de combats clandestins. Daniel, que rien ne semble pouvoir guérir du chagrin fait partie de ces êtres qui semblent frustres mais dont les battements de cœur sont « intimes et délicieux ». Face à lui, la sauvagerie des hommes fait des ravages et paraît bien plus brutale que celle des bêtes sauvages. On entre dans ce livre comme dans un terrier, en forçant un peu son chemin, en creusant parfois à coup de pelle, mais étrangement on s’y sent bien et on découvre alors d’étranges sensations et sentiments. Le pays de Galles au petit matin, la brume de mer qui monte, les feux de bois humides, la nuit qui ondule et Daniel taiseux qui à l’image de cette étrange forme métallique excavée du sol, a déterré son chagrin et n’en sait que faire. Magnifique ! 

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Rendez-vous à Positano

Goliarda SAPIENZA

traduit de l'italien par Nathalie Castagné

Le Tripode

19 euros

Le Tripode publie titre après titre les œuvres complètes de Goliarda Sapienza.
Après l'Art de la joie, ce récit est un bouleversant rendez-vous d'une sensibilité et d'une sensualité inouïes.

L'auteure, de passage au Sud de Naples pour son travail, narre son amitié passionnée avec Erica, une "princesse" entraperçue parmi les ruelles de Positano, puis rencontrée, apprivoisée et aimée.
Des bougainvilliers éclatants aux pieds nus sur les marches humides des escaliers du village : on désire connaître nous aussi, les plaisirs de la côte amalfitaine, ramer vers des criques quasi-désertes...
Elles sauront tout l'une de l'autre. L'âme de Positano, qui agit sur ses habitants comme sur ses visiteurs, sublime leur relation.

Lumineux et tragique !

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Le blues de la La Harpie

Joe MENO

traduit de l'américain par Morgane Saysana

Agullo fiction

21.50 euros

La Harpie est une petite ville du Midwest où l'on "trouve même des belles de nuit". Luce Lemay y revient trois ans après y avoir commis l'irréparable lors d'un braquage ; il renverse un landau avec sa voiture et tue le bébé.Il y retrouve aussi Junior Been un ami ex-taulard colosse au très grand coeur avec lequel il va former un duo tendre et touchant. La petite ville est un repaire de red-necks et de paumés d'où émerge la belle Charlène dont Luce va s'éprendre. De la station service Gas N Go où ils travaillent , à la pension de famille minable où ils vivent en passant par le restaurant Starlight dinner sur le bord de la route, les lieux ressemblent à ceux d'un western, les gestes sont les mêmes, les codes en moins. Il n'existe aucune différence entre un saint et un pêcheur, tout "provenait du sang douceâtre qui coule dans les veines et de tendre vérité tapie au fond des êtres". Livre de la fureur parfois mais aussi de la déploration, sous la protection d'une vierge qui n'est qu'en plastique, ce Blues de La Harpie est écrit comme tous les blues avec les mots de la tendresse et ceux des coeurs perdus. On ne sait guère si l'on aime plus le chant fêlé de Luce, la voix rauque de Junior ou celle un peu lascive de Charlene où le choeur des belles de nuit qui s'offrent autour des gares. Hubert Selby en a dit du bien, de ce blues, croyez bien qu'on n'en dira surtout pas du mal et voir beaucoup de bien.

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Dans la forêt

Jean HEGLAND

traduit de l'anglais (États-Unis) par Josette Chicheportiche

Gallmeister

23,50 euros

Les éditions GALLMEISTER nous régalent de nouveau en proposant la traduction de ce roman paru il y a plus de 20 ans aux Etats-Unis. Dans la forêt résonne étrangement en nous. En Caroline du Nord, deux jeunes filles, deux sœurs se retrouvent isolées dans la maison familiale située en pleine forêt à une cinquantaine de kilomètres de la ville. Une ambiance ​ pré-apocalypse s​'installe​ dans des circonstances inexpliquées des coupures d'électricité se font de plus en plus fréquentes, les communications sont rompues, combien de temps cette situatuon va t-elle durer ?

Les deux SOEURS vont dans un premier temps organiser leur survie, aller à​ la recherche de nourriture, de bois de chauffage. Passionnée de danse pour l'une, férue de lectures pour l'autre le temps s'écoule pour elles lentement​ au rythme de la nature, omniprésente. L'amour familial rend l​es conditions de cette​ cohabitation ​supportables​ mais chacune ​ dans cette réclusion fait l'expérience de la solitude, ​mais celle aussi ​du partage et de​ l'espoir... On ​sort bouleversé, troublé de cette histoire, ​qui nous renvoie à la ​fragilité de notre mode de vie, à ​la dépendance ​ inutile​ au monde qui nous entoure... ​
Fervents lecteurs du livre "L​e mur invisible" de Marlen HAUSHOFER ​ que nous défendons ici depuis si longtemps "Dans la forêt" est pour vous.

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Les étoiles s'éteignent à l'aube

Richard WAGAMESE

traduit de l'anglais (Canada) par Anne Raguet

ZOE

20 euros

Quand on aime la littérature américaine, on croise pas mal d'histoires sur les grands espaces et la quête de soi de personnages rugueux, esquintés, mais qui tiennent le verbe haut à leurs vieux démons.

Des histoires d'amour de la nature, de prolétariat semi-agricole, d'alcool, de bagarres, de meurtres passionnels, de femmes farouches au regard d'aigle et de crachat de tabac pour ponctuer ses phrases.

Ça sent la liberté, la perdition, les décisions prises comme un cheval qui se cabre. On y brûle sa vie en pleine nature, sous le soleil ardent des passions et du whisky.

Pour Eldon Starlight, ouvrier amérindien sur le retour, ce temps là a eu lieu mais il est révolu. Il agonise d'avoir trop bu, trop fuit. Squelettique mais fier, rongé par les remords comme par la maladie, il convoque son fils Franck, dont il ne s'est jamais occupé. Ses dernières volontés sont simples : être conduit dans la montagne pour y mourir et y être enterré « comme un guerrier ».

Le jeune accepte  à contrecœur et s'en suit une chevauchée du dernier espoir qui nous remue les tripes aussi sûrement qu'un torrent dévale la montagne. Eldon y racontera ses souvenirs pour tenter de livrer un bout de sa vie à son fils comme héritage, de combler des manques grands comme des gouffres. Franck, si il sait faire face à un jeune ours qui les charge, ne sait que faire de l'amour abîmé de ce père qui l'a tant déçu.

A la lueur des feux de camps se joueront bien des duels entre ces deux hommes à la peau d'écorce. Les dialogues arides de cette épopée intimiste sont d'ailleurs sa grande réussite. On ouvre la bouche comme on dégaine et on parle pour faire mouche. Pourtant, derrière cette  constance de la rudesse, Richard Wagamese réussit à nous livrer des sentiments poignants, confondants, aussi brutalement nus qu'une peinture rupestre découverte dans une clairière.

« Les Etoiles s'éteignent à l'aube » est un grand roman, marquant, qui écorche et qui répare tout à la fois. On en garde le souvenir près de soi comme un talisman.  Peut-être aurait-il d'ailleurs mérité qu'on lui conserve son titre original : « medecine walk ».

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Une vie entière

Robert SEETHALER

traduit de l'allemand par Élisabeth Landes

Sabine Wespieser

18 euros

On pourrait penser que 150 pages ne pourraient suffire à raconter la vie d'un homme. Dire une vie bien remplie, celle d'un humble parmi les humbles.

L'existence c'est du temps, et le temps est la matière de ce beau livre, construit, et c'est sa grande force, sur des ellipses.

Condensation et dilatation. Condensation des sentiments, de la présence au monde de Eggers le héros du roman et dilatation quand sa vie s'inscrit dans un temps long, celui de l'histoire ou du progrès. Qui est cet Eggers? Un orphelin très jeune recueilli par une brute, qui le rendra boiteux, finira par trouver l'amour, survivra à une avalanche, sauvera un homme de la mort, fera la guerre sur le front russe, participera à la construction des premiers téléphériques, vieillira dignement et finira par mourir de sa belle mort.

Rien de plus simple mais rien de plus beau sous la plume de Robert Seethaler. On referme le livre avec le sentiment d'avoir vu défiler sous nos yeux - un peu comme on prétend voir défiler la sienne au moment du dernier instant- une vie bien remplie, celle d' un homme qui va droit par des chemins sinueux, mais n'est ce pas le propre de toute vie ?

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La petite lumiere

Antonio Moresco

traduit de l'italien par Laurent Lombard

Verdier

14 euros

Un homme vieillissant (on ne sait rien de lui) a décidé de se retirer du monde, de disparaitre.

Un monde en proie à on ne sait quelle menace sourde mais présente.

Dans ses nuits l'homme perçoit, aperçoit de l'autre côté (quel est cet autre côté dont il est question ?), une petite lumière qui s'éclaire tous les soirs alors qu'il se croit résolument seul. C'est le début d'une longue quête. Toute l'histoire est simple et belle comme les grandes histoires celles qu'on raconte aux enfants, elle va se dérouler dans un grand ballet d'hirondelles, de lucioles, de blaireaux, d'insectes de toutes sortes avec lesquels le narrateur entretient d'étranges rapports. Très vite dès les premières pages, on bascule dans une sorte d'ailleurs mystérieux mais très plausible. Je ne vois pas avec ce livre de meilleure illustration à ce concept que Freud a défini comme unheimlich, mal traduit en français par "inquiétante étrangeté", qui désigne  ce sentiment de familier et d'étrange. Refermant le livre on se dit que l'on vient de vivre une expérience unique.

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Wild Idea

Dan O'Brien

Traduit par Walter Gripp

Diable Vauvert

22 euros

Même si vous êtes végétariens vous allez énormément apprécier​ le roman de Dan O' Brien.
Le sujet peut paraître tenir de l'utopie et pourtant ! L'auteur partage avec nous son aventure extraordinaire mais raisonnée de réimplanter un élevage de bisons dans les grandes plaines du Dakota du sud aux Etats-Unis.
Professeur de littérature, l' auteur suit l' enseignement sage des indiens Lakota « les bisons nous donnent tout ce dont nous avons besoin pour être riches ».
Dan O'Brien entraîne dans cette aventure éthique une femme et sa fille et ainsi rompt avec sa vie de solitaire. Il devient chef de famille et va s'entourer de personnes aussi attachantes qu'atypiques ...
La portée de ce témoignage est impressionnante parce qu' il est composé de riches éléments instructifs, écologiques, économiques, sociaux, psychologiques...
La force du récit et la persévérance de cet homme nous accompagnent loin de nos tracas quotidiens ...

 

Son inspiration : « Ceux et celles qui osent dire non ! »
« J’admire les hommes et les femmes qui ­refusent les injustices », explique Dan. « Ceux et celles qui prennent le risque de s’opposer au pouvoir lorsqu’ils estiment qu’il est juste et ­nécessaire de le faire pour le bien de tous. Qu’il s’agisse de personnalités exceptionnelles comme Martin Luther King ou de militants comme José Bové. Le courage de ces derniers nous aide à aller de l’avant. Un projet économique et éthique comme le nôtre génère beaucoup de résistance et d’opposition de la part des autres éleveurs, y compris ceux qui ont des bisons, car il remet en cause leur mode de fonctionnement et leur ­volonté de toujours gagner et produire toujours plus, et plus vite, sans se soucier des conséquences pour les générations qui viennent.»

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